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Naissance et développement de l’huître perlière

Biologie-naissance et développement de l’huître perlière

Sans les récifs et les lagons, point de bivalve. Et sans cette Pinctada Margaritifera var. cumingii, point de perle de Tahiti. Mais comment est-elle exactement ? De sa naissance, œuf microscopique éjecté dans le lagon à son rôle de reproductrice sauvage, faisons le tour du cycle de vie de l’huître perlière.

Tout d’abord, elle naît. C’est un hermaphrodite protandre, c’est-à-dire qu’elle est d’abord mâle puis femelle. En théorie, il semble que les jeunes individus (jusqu’à 2 ans environ) soient en majorité mâles, les femelles inversant cette tendance chez les individus adultes. Seul l’examen des gonades (paire de glandes sexuelles) permet de déterminer le sexe : la glande génitale femelle est jaune-orangée, celle du mâle blanche.

Ce n’est qu’à partir de la 3e année de vie que la reproduction peut avoir lieu. Les gonades produisent les cellules reproductrices de l’huître, c’est-à-dire les gamètes : les spermatozoïdes chez les testicules des mâles, les ovules par les ovaires chez les femelles. Un million de gamètes donneront 10 individus adultes ; les huîtres doivent donc être suffisamment rapprochées pour que la fertilisation des gamètes soit possible. En fait, c’est la quantité phénoménale d’œufs qui est libérée dans l’eau qui permet à l’espèce de se perpétuer. Mais dans le cas où un stock suffisant d’individus reproducteurs n’est plus assuré, la disparition de l’espèce est certaine. On estime à 10 000 le nombre d’huîtres perlières adultes concentrées dans une zone restreinte pour assurer la continuation de l’espèce. Cela explique pourquoi la surexploitation fut condamnée, et pourquoi l’élevage fut développé.

Une biologie fort simple… et si complexe.

La pintadine a un cœur central, avec un ventricule et deux oreillettes, qui pompe le sang incolore (hémolymphe) et remplit d’oxygène le reste du corps. Pour respirer, la Pinctada Margaritifera var. cumingi utilise des filaments branchiaux qui retiennent l’oxygène. Ce sont eux aussi qui laissent entrer les particules, triées ensuite par les palpes labiaux, cette bouche à quatre lèvres qui entretient le courant de l’eau et le filtre, pour retenir le phytoplancton.

Sans rentrer dans le détail d’un microscope, sachez que les particules ingérées suivent le trajet d’un tube digestif classique, passent par l’œsophage pour atteindre l’estomac. Les aliments sont alors digérés, et ce qui doit être extrait passe, via un hépato-pancréas, dans l’intestin. Ses petits reins en forme de V font le travail pour lequel, dans chaque être, ils sont conçus : ils épurent le sang des déchets qui ont pu s’y accumuler et qu’ils éjectent.

Trois cerveaux… trois muscles

Pense-t-elle ? Oui, si l’on en croit son système nerveux composé de trois paires de ganglions reliées, de la grosseur d’une tête d’épingle, placées vers l’œsophage, le pied et le muscle adducteur.

Ressent-elle ? A ce jour, les connaissances concernant les sens de l’huître perlière sont inexistantes.

Elle a aussi trois muscles : d’abord les muscles élévateurs et rétracteurs du pied, unique organe locomoteur de l’huître, fixé, c’est original, au niveau de la bouche. Et puis un gros muscle adducteur (le goûteux korori) qui empêche ou permet l’ouverture des valves qui laissent passer l’eau. Ces muscles ne lui servent pas à se tenir à un rocher, une paroi, un grillage : pour cela, l’huître a son byssus, ensemble de filaments qui lui permettent de se fixer.

De la larve à la grande huître perlière

L’union des gamètes mâle-femelle donne naissance à une cellule-œuf, à l’origine de la larve. Avec le poids que représentent les valves qui se développent, vers 6 semaines – elle fait alors 1 cm –, la larve est entraînée vers le fond. La petite huître perlière, à 2 ou 3 cm de diamètre, pousse alors sur son pied d’un autre centimètre pour chercher un nid douillet, temporairement, au-dessus de 40 m, auquel elle s’agrippera : naturel ou artificiel, composé de corail, rochers, bloc calcaire, débris divers… Son poids augmente bientôt, en raison de la formation de sa coquille. Elle espace peu à peu ses déplacements, pour finalement devenir sédentaire – elle est alors âgée de plus d’un an et mesure 6 à 7 centimètres. Elle choisit un lieu propice et s’y fixe cette fois définitivement par les filaments du byssus, tandis que son pied se rétracte. C’est là qu’elle grandira, si elle survit à tous les dangers du fond de l’océan. Sans intervention de l’homme, la pintadine vit quinze à vingt ans. A quinze ans, elle mesurera plus de 20 cm de long. Car tandis que certains se tassent avec les ans, elle s’étire, au fil des âges, pour tutoyer les 30 centimètres. La plus grande huître perlière connue fut prélevée par François Hervé en 1932 : elle avait un diamètre de 34 cm et les deux valves, sans la chair, pesaient 4,8 kg ! Bercée par la houle comme une brise de printemps, elle paresse au fond des lagons et s’allonge et s’épaissit avec langueur et le poids des ans. Sa couche de nacre, squelette précieux du mollusque, n’en a que plus de surface, d’épaisseur et d’éclat. Mais on la laisse rarement mourir de vieillesse. Faut-il qu’elle se fasse oublier derrière un rocher protecteur pour qu’elle s’éteigne dans son lagon de naissance.

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