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Le nom de l’huître perlière

Pinctada Margaritifera var. cumingii ? Quel drôle de nom

Les Polynésiens ont coutume de l’appeler nacre. C’est incomplet. A moins d’appeler une rose épine, ou un agneau gigot. Entre son nom scientifique complexe, que nous allons déchiffrer dans les lignes qui suivent et son appellation courante correcte, voici quelques éléments de décryptage.

C’est le docteur Henk K. Mienis, de l’université de Jérusalem qui, complétant les explications de Béatrice Burch en 1996, en donna une explication claire et unanime (CPS n° 8, 1995) : « L’origine de Pinctada n’est ni grecque, ni latine; il s’agit plutôt d’une déformation du français « pintade », lui-même dérivé du portugais « pintada » qui signifie à l’origine « tacheté » ou « taché ». En l’occurrence, le mot pourrait avoir une double signification. Lorsque Röding a appelé ce genre Pinctada, il a également baptisé plusieurs espèces, la première d’entre elle Pinctada margaritifera var. cumingii, par référence aux naturalistes Carl Christian Gmelin (1762-1837) et Johann Chemnitz (1730 – ?). Gmelin continuait, quant à lui, à appeler l’huître perlière Mytilus margaritifera. Chemnitz n’utilisait pas de nom latin et la désignait de diverses manières, « la pintade : la coquille de nacres de perle » (en français), ou encore, en allemand, « die gefleckte Henne » [la poule tachetée]. Rien d’étrange à cela dans la mesure où les coquilles des huîtres perlières sont d’une couleur très proche de celle des plumes de nombreuses espèces de pintades, oiseaux au plumage caractéristique, noir ou gris foncé, totalement parsemé de « perles ». […] Ce n’est qu’à compter de 1776 que l’on a commencé à désigner les huîtres perlières sous le nom de « pintade », puis, plus tard encore, de « pintadine » (1842). Röding connaissait probablement la double acception de « pintade », appliquée tant à l’oiseau qu’au mollusque. Lorsqu’il a latinisé le nom, c’est sans doute volontairement qu’il l’a transformé en Pinctada. Pour Gray, qui a d’ailleurs tenté, vers 1847, mais en vain, de substituer l’un à l’autre, Pinctada serait une erreur d’orthographie de « pintada ». »

Nous avions donc notre pintadine. Il ne manquait que la perle. Or, « perle », en latin, se dit margarita. Et c’est une conjugaison tout à fait normale qui a donné Pinctada margaritifera, pintadine perlière, le terme margaritifera se rapportant bien aux perles et à leur formation.

Pourquoi cette variété cumingii ?

Là encore, c’est très simple : l’Anglais Hugh Cuming (1791-1865), originaire du Devon, consacra sa vie à l’étude des mollusques, au point d’être surnommé le Prince des collections de coquillages (plus de 3000 spécimens à sa mort). Dès 1826, il vendit son entreprise de voiles (fondée en Amérique latine en 1819) et se consacra à sa passion : les mollusques. Il construisit un bateau, le Discoverer, dans le but de récolter des spécimens de faune et de flore. Après avoir embauché le capitaine Grimwood, il partit le 28 octobre 1827 pour sa première croisière, visita les îles du Pacifique, notamment la Polynésie. Les détails de ce voyage sont connus grâce à une lettre que Cuming écrivit à Sir William Jackson Hooker (1785-1865). Parmi les spécimens qu’il rapporta en Angleterre, il faut signaler les 280 perles qu’il récolta à Tahiti, et l’identification qu’il s’attribua en 1828 de la pinctadina margaritifera à lèvres noires. Or, si on compte une vingtaine d’espèces du genre Pinctada margaritifera dans la région indo-pacifique, celle-ci est particulière aux lagons polynésiens. La postérité lui laissa donc un nom, comme une reconnaissance : variante cumingii.

Comment l’appeler, alors ? Le terme huître perlière avait été traditionnellement appliqué aux bivalves du genre Pinctada (Röding, 1798), et Pteria (Scopolli 1777) notamment, inclus dans la famille Pteriidae (Gray, 1847), dont on pense que leur origine remonte au Trias (soit environ 230 millions d’années, ère Mésozoïque).

Nous nous autoriserons donc les termes pintadine, bivalve huître perlière [facultativement « à lèvres noires »], voire huître nacrière, tout en rejetant « huître » simple et « nacre » seule, cette dernière n’étant qu’une simple partie, parmi d’autres, du mollusque.

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