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La nacre de Tahiti à Paris – Version coloniale

La nacre, arrivée à Paris, devient vite un accessoire de mode incontournable

A partir de la moitié du XIXème siècle, la nacre entre dans l’économie domestique à travers la mode et la décoration. Elle devient le symbole de la puissance française mais aussi un moyen de se démarquer de ses contemporains. Parée de nacre, la parisienne révèle l’élégance et le raffinement de la mode occidentale.

En parant ses toilettes de nacre, la femme du XIXème siècle affiche une position sociale en cherchant à se distinguer. La nacre change alors de caractère et bascule d’un butin exotique à un enjeu domestique pour permettre à la parisienne de se démarquer de ses rivales.

La nacre, arrivée à Paris, devient vite un accessoire de mode incontournable d’une part grâce à sa beauté et d’autre part grâce à sa fonctionnalité, susceptible de se travailler pour obtenir des accessoires en parfait accord avec la mode de l’époque, un signe de luxe, exclusif à une certaine clientèle. Les marchands de mode concrétisent le luxe de la mode Empire grâce notamment à la nacre en lui donnant une réalité tangible. Mercier choisit de le formuler ainsi : « Rien n’égale la gravité d’une marchande de mode combinant le vêtement et la nacre. ».

La nacre s’emploie aussi pour les pièces qui ne sont pas portées sur le corps mais à la main comme l’éventail.

Les arts décoratifs

La nacre cristallise le débat intense au court du XIXème siècle sur les arts libéraux faits pour le plaisir et les arts industriels faits pour être utile ou entre l’esthétique et les arts décoratifs reposant sur la supériorité de l’âme sur le corps. Les débuts de la révolution industrielle et le développement de la bourgeoisie instaurant de nouvelles normes de goût a rendu légitime la remise en question profonde de ce cadre hiérarchique. En effet, l’éclat intense de la matière, ses effets de blondeur chaleureuse, sa brillance, la subtilité des assemblages et de la découpe, par leur précision même, débordent la nature et s’élèvent au-dessus d’elle, témoignant dans le même mouvement de l’aspiration vers autre chose que l’utile.

La nacre marque l’introduction du beau dans le quotidien, riche en potentialité créatrice. Les arts décoratifs deviennent l’expression d’une sensibilité et d’une connaissance particulières de la matière. Les boutons comme les montures d’éventail en nacre sont tous deux des créations précieuses tendues vers la recherche de la beauté. A travers eux, le beau qui était alors le privilège des plus aisés est désormais accessible à tous.

Comme le précise Charles Blanc dans sa Grammaire des arts décoratifs, ce travail sur les potentialités de la matière a été inspiré « par la pensée de diminuer les privilèges de la fortune, en faisant participer le grand nombre aux bienfaits de l’industrie humaine et aux jouissances que procure le beau. Il était naturel (…) que l’avènement de la démocratie coïncidât avec un désir presque universel d’augmenter le bien-être de la classe la plus nombreuse, et d’inventer pour elle (…) l’équivalent du luxe . » La nacre unifie les arts mineurs et les arts majeurs parce qu’ils sont tous deux tendus vers la recherche du beau.

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