Sélectionner une page

5 000 ans d’histoire de la perle

Frise chronologique mondiale

Des légendes aux découvertes de la science, 5000 ans d’histoire de la perle

20 millions d’années, ère Cénozoïque, Miocène : les fossiles les plus anciens du genre Pinctada sont retrouvés en Europe de l’Ouest et dans le Caucase (Hertlein & Cox, 1969)

5000 ans avant notre ère : (Japon) la plus ancienne perle connue est trouvée dans une tombe princière de l’ère Jomon.

4 500 ans avant notre ère : (Irak actuel) la plus ancienne nacre connue est retrouvée dans les ruines de Bismaya en Mésopotamie.

4 500 ans avant notre ère : (Irak actuel) « Œil de poissons », c’est ainsi que des tablettes cunéiformes de Mésopotamie parlent des perles naturelles

2500 ans avant notre ère (vers) : (Chine) les Chinois vivant avant la dynastie Xia, pensent que les mollusques sont fécondés à cause du tonnerre et que les perles grandissent sous l’effet de la lumière de la lune.

2400 ans avant notre ère : (Iran actuel) le collier le plus ancien retrouvé est appelé « le collier de Susa ». Il est retrouvé dans le tombeau d’une reine de la Perse Antique. Il possède trois rangs de 72 perles chacun. Les Persans zoroastriens pensent que le soleil joue un rôle encore plus important que la pluie dans la formation des perles.

1900 – 1500 ans avant notre ère : (Irak actuel et Egypte) pendant l’ère babylonienne, des perles utilisées comme éléments décoratifs sont retrouvées sur les fresques des villes de Nimrud et Ninive et en Egypte antique.

1500 à 900 ans avant notre ère (vers) : (Inde) dans le Rig-Veda, le plus ancien des recueils de textes religieux hindous, les perles sont mentionnées : après le diamant, elles sont la plus précieuse des neuf gemmes symboliques. C’est le dieu Krishna qui aurait découvert la première perle.

1400 ans avant notre ère : (Philippines) les Philippins sont décrits dans les textes chinois pour leur avoir vendu des perles de Palawan (archipel au sud des Philippines, bordé par la Mer de Sulu, riche en perles).

750 ans avant notre ère (vers) : (Grèce) le poète Homère, dans l’Iliade (chant 14), décrit les boucles d’oreille d’Héra : « Ces gemmes scintillants étaient suspendus à ses oreilles comme trois gouttes lumineuses ».

300 ans avant notre ère (vers) : (Grèce) Théophraste (-372 / – 287) mentionne dans Des Pierres, les perles du golfe Persique et de la côte d’Arabie sous le nom de marguerites.

179 ans avant notre ère (vers) : (Chine) dans le Huai Nan Zi, ouvrage encyclopédique rédigé au début de la dynastie impériale des Han antérieurs, on peut lire : « Même si les perles lumineuses [étaient] un bienfait pour nous, en fait elles [étaient] une maladie pour les huîtres ».

1er siècle avant / 1er siècle après J-C : (Chine) les premières perles d’imitation auraient été fabriquées. Mais ce phénomène reste limité.

58 av. J-C : (Empire romain) l’historien Suétone, dans Les Vies des Douze Césars (chapitre 47), affirme qu’un des buts de la conquête de la Grande-Bretagne était les gisements des perles d’eau douce. Bientôt la perle à Rome est comme une fièvre et les prix grimpent extraordinairement, jusqu’à devenir, selon Pline l’Ancien (23-79), le plus cher des objets précieux.

25 après J-C (vers) : (Chine) dans le Gokanjo (Livre des Hans postérieurs, selon l’écriture jésuitique, Hou Han Shu en transcription moderne), on décrit des résultats positifs concernant la production artificielle de perles.

Même époque : (Empire romain) les Romains importent des mollusques de perles d’eau douce pour les faire prospérer dans les fleuves d’Europe. Mais le peu de perles récoltées n’a pas encouragé cette pratique.

47-79 après J.-C. : (Empire romain) Gaius Plinius Secundus, plus connu sous le nom de Pline l’Ancien, laisse une description admirable de la perle dans son Histoire naturelle.

(cf. exergue)

350 (vers) : (Crète) Néarque, le grand navigateur crétois et compagnon d’Alexandre le Grand, explore les côtes des Indes et fait état de la pêche des perles (son récit est rapporté par Arrien (v.95-v.175), dans L’Expédition d’Alexandre).

8e-14e siècle : de Byzance à la Grande-Bretagne, de l’Inde à l’Arabie, rois, nobles et clergés arborent dans le monde entier les perles : décoration, objets de culte, vêtements, et bien entendu bijoux. Larmes d’ange ou rosée en Occident, pleurs des sirènes ou naïades chez les peuples des fleuves, des littoraux et les navigateurs, rosée, gouttes de pluie ou larmes divines chez les Orientaux, la perle a plusieurs naissances divines ou surnaturelles connues.

13e siècle : (Chine) tentatives pour produire des perles dans des mollusques d’eau douce, selon un procédé antique pour obtenir des figurines recouvertes de nacre. Les mollusques sont attrapés en avril et mai, et ouverts d’une manière très habile par les enfants qui les maintiennent entrouverts à l’aide d’un petit morceau de bambou, tandis que sont introduit entre la face interne de la coquille et le manteau des corps étrangers de natures variées : sphères de nacre, grains de plomb, grains de sable, ou les fameuses figurines, de Buddha par exemple. 10 mois plus tard environ, les objets introduits sont recouverts d’une pellicule nacrée très mince. Les sphérules de nacre introduites ont un aspect extérieur qui rappelle beaucoup celui d’une perle, et si le mollusque est laissé plus longtemps dans l’eau (trois ans maximum), les perles obtenues sont plus belles et mieux recouvertes.

1360 (vers) : (Anglo Normandie) l’explorateur Jean de Mandeville livre de la perle la description suivante : « Comme le diamant, la perle est faite de la rosée du ciel ; condensée en la matinée, elle sort pure et claire […] mais si la rosée est condensée aux vêpres, elle n’est pas pure, et les perles sont troubles et mal colorées ».

Après 1500 : (Occident) la passion de la Renaissance pour la perle est en partie due au nouveaux flux perliers provenant des littoraux américains de l’Océan pacifique et de la mer Caraïbe. Comme les anciens Grecs ou Perses, les Indiens caribéens pensent que les perles sont des gouttes d’eau solidifiées.

1520 : (Venise) les verriers de Murano apprennent à fabriquer le verre iridescent : la production de fausses perles – pas tant par contrefaçon que pour répondre à la demande – se généralise.

1542 : (Occident) l’empereur Charles Quint édicte une nouvelle loi à l’attention des terres du Nouveau Monde pour éviter les abus des exploitants des gisements perliers sur les Indiens. Cela n’empêche pas les Espagnols d’y décimer les bancs entiers d’huîtres perlières.

(cf. Citation)

1550 (vers) : (France) le naturaliste Guillaume Rondelet [1507-1566] avance une théorie alternative ; il suggère que les perles pourraient être des kystes ou des excroissances qui se forment en réponse à l’intrusion d’une maladie ou d’une irritation dans les huîtres.

1565 : (Italie) l’historien Girolamo Benzoni [vers 1519 – vers 1568], dans son Storia del mondo Nuovo, propose la théorie suivante : les plus nobles parties des œufs de l’huître deviennent des perles.

1605 (vers) : (Flandre) le physicien et minéralogiste brugeois Anselmus Boëtius de Boodt (1550 – 1632], émet l’hypothèse, dans son ouvrage Le Parfaict joaillier [paru en 1644 à Lyon], selon laquelle la perle est, en plus d’une réaction maladive, un produit formé par la même substance que celle des coquillages.

1621 : (France) l’alchimiste et prédicateur du roi René François, dans son Essay des merveilles de Nature et des plus nobles artifices, écrit : « La nacre est enceinte des dieux et ne vit que du nectar céleste, pour enfanter la perle argentine [d’argent], ou pâle, ou jaunâtre selon que le soleil y donne et que la rosée est plus pure. [La rosée] forme de petits grains qui se figent, qui se durcissent et se glacent ; peu à peu la nature leur donne le poli à la faveur des rayons du soleil. […] Si la rosée est grande, elles sont plus grosses ; et selon le tonnerre, aussi se font les avortons de perles, bossues, plates, contrefaites ou vides comme vessies ».

1644-1911 : (Chine) symboles de la sagesse suprême, associées au dragon, les perles sont particulièrement appréciées pendant la dynastie Qing.

1681-1683 : (Italie) « De la pesche des perles », cartouche qui orne le globe terrestre de Coronelli (aussi appelé Globe de Marly) : « Les perles d’Amérique ont été épuisées par l’avarice des Espagnols qui en ont tant pêché qu’ils en ont presque détruit l’espèce ».

1671 : (Italie) le médecin et biologiste Francesco Redi [1626-1671] avance la théorie du « grain de sable », parasite que l’huître entoure de nacre pour se protéger.

1673 : (Allemagne) l’écrivain Christopher Sandius pense que les œufs morts à l’intérieur des ovaires peuvent devenir le noyau des perles.

1686 : (France) le patenôtrier (fabricant d’objet de piété) Jacquin perfectionne et améliore considérablement le procédé de fabrication des fausses perles, en réalisant une « essence d’Orient » composée à partir d’écailles de poissons.

1710 : (France) René-Antoine Ferchault de Réaumur [1683-1757] observe au microscope des coupes transversales des perles formées par les lamelles concentriques similaires à la production nacrée du coquillage. Il en conclut que les perles sont des morceaux de nacre que l’animal forme peu à peu en sécrétant des couches concentriques autour d’un corps étranger lorsqu’il en subit l’irritation.

1761 : (Suède) Au lieu d’ouvrir les valves, le naturaliste Carl von Linné tente le procédé de la trépanation de la coquille (Margaritana Margaritifera) pour insérer un noyau afin de créer une perle. Procédé qu’il vend ensuite à son souverain. Mais le taux de mortalité de cette pratique est très élevé.

1772 : (Suède) Grill observe la technique chinoise de Ye Jin Yang dans le Guangdong (Province de Canton, Chine méridionale), né au 13e siècle et la rapporte en Europe.

1798 : (Allemagne) selon le classement du malacologiste Peter Friedrich Röding (1767-1846), le terme Huître perlière est désormais appliqué aux bivalves du genre Pinctada.

1803 : (Océan indien) Suite à la raréfaction des bancs perliers naturels, partout dans le monde, Wright tente de remédier, dans le golfe de Mannar, à cet appauvrissement en adoptant différentes méthodes ostréicoles.

1826 : E. Home considère que le noyau de la perle est formé par les propres œufs du mollusque, égarés entre la coquille et le manteau.

1844 (à partir de) : des expériences selon le procédé chinois observé par le naturaliste suédois Grill en 1772 sont rapportées en Europe et tentées en Californie sans succès probant.

1847 : (Empire britannique) selon le classement du zoologiste britannique John-Edward Gray (1800-1875), le genre Pinctada est inclus dans la famille Pteriidae.

1850 (vers) : (Italie) la maîtrise du captage des naissains, notamment avec la méthode napolitaine d’immersion de fagots de bois pour collecter les larves favorise le développement de l’ostréiculture en Europe.

1856 : (Italie) le zoologiste Filippo de Filippi (1814-1867) qui a examiné bon nombre de perles et a identifié les noyaux parasitaires comme étant des larves diverses (acariens, cercaire, ou encore un parasite d’eau douce, l’anodonta), conseille d’augmenter la diffusion de ces parasites dans l’eau où s’épanouissent les bancs d’huîtres perlières.

1857 : (Océan indien) Edouard Frederick Kelaart (1819-1860), médecin militaire, zoologiste et naturaliste démontre, dans le golfe de Mannar, que les huîtres perlières peuvent être enlevées et transportées à la seule condition que leur byssus ait été soigneusement sectionné et non pas arraché.

1858 : (Allemagne) le malacologiste Théodor von Hessling (1816-1899) découvre, dans des huîtres perlières d’eau douce, que la conchyoline (matière organique) superflue dans la formation de la coquille peut devenir un nucleus dans le manteau ou à l’intérieur du corps du mollusque. Il assure alors qu’un sac perlier est nécessaire à la formation d’une perle et que celui-ci est la surface externe du manteau. Il confirme aussi l’opinion des pêcheurs d’Orient selon laquelle les belles perles ne se trouvent jamais dans les coquillages bien développés et lisses et affirme que les mollusques renfermant des perles sentent mauvais et sont malades.

1859 : (Sri Lanka actuel) Kelaart et le naturaliste suisse Aloïs Humbert (1829-1887) découvrent une grande quantité de vers parasites dans les huîtres de Ceylan. Ils sont d’accord pour affirmer que la formation d’une perle autour du parasite semble protéger le corps mou du bivalve contre l’irritation.

1859 : (Sri Lanka) Kelaart reproduit la technique chinoise dans le golfe de Ceylan (sur des Pinctadines vulgaris), avec succès, mais les contraintes sont trop nombreuses.

1870 (années) : d’autres scientifiques et zoologistes européens (Garner, Giard) renforcent ces constats d’un parasite à l’origine de la perle.

1880 (vers) : le conchyliologiste britannique John Gwyn Jeffreys (1809-1885) ajoute que les perles sont produites par la présence de petits crustacés parasites ou commensaux qui s’attachent fortement au manteau de l’huître et y provoquent une irritation. Pour se protéger, celle-ci recouvre le corps étranger avec des couches de carbonate de calcium qui, en se solidifiant, forment la perle.

1881 : (Japon) un jeune vendeur de fruits et légumes de 23 ans, commence à pratiquer le commerce de petites perles dans la baie de Yokohama, achetées par les Chinois pour un usage médicinal. Puis il s’intéresse à la culture des huîtres perlières. Son nom : Kokichi Mikimoto (1858-1954).

1890 : il est désormais connu que seule une conjonction de plusieurs facteurs favorables doit exister pour l’optimisation de la culture de perles : conditions environnementales, connaissances scientifiques, expériences sur le terrain et capitaux renouvelés. Ces quatre conditions vont être réunies au Japon.

1890 : (Japon) Kokichi Mikimoto présente ses premières Akoya, demi-perles naturelles et petites perles imparfaites à une foire, tandis qu’il a commencé 2 ans plus tôt, grâce aux conseils du président de l’Association nationale des Industries de la pêche, Narayoshi Yanagi, l’élevage des huîtres perlières en milieu naturel, contenues dans des paniers métalliques ou dans des cages suspendues au fond de la mer. A cette foire, il rencontre Kakichi Mitsukuri, directeur de la Faculté de Sciences à l’Université impériale de Tokyo et expert dans la formation des perles. Mitsukuri suggère à Mikimoto de provoquer artificiellement une irritation dans l’huître.

1893 : (Japon) Kokichi Mikimoto et son épouse, aidés du professeur Isao Ijama, obtiennent leur première demi-perle, formée autour d’un noyau de coquille d’une huître perlière qu’il avait introduit.

1893-1909 : (Australie) le biologiste marin anglais William Saville-Kent réalise des premiers essais d’ostréiculture et de perliculture et y produit les premières demi-perles.

1896 : (Japon) Kokichi Mikimoto dépose le brevet de son procédé et se lance dans une production industrielle.

1897-98 : (France) A Roscoff, Louis Marie-Auguste Boutan, photographe et biologiste, reprend le procédé de Linné : il trépane des Haliotis, cette fois, pour enlever un fragment de 6 à 7 mm de diamètre et introduit une perle de nacre entre le manteau et la coquille, avant d’obstruer l’orifice avec du ciment. Finalement, il n’obtiendra que des demi-perles.

1899 : (Japon) Kokichi Mikimoto ouvre une boutique à Tokyo où il vend ses demi-perles. Il les expose aussi dans des foires internationales, mais ne commencera à en faire la promotion dans le monde qu’au début des années 1920.

1900 (vers) : époque où les chercheurs du monde entier s’intéressent à la formation des perles (plusieurs dizaines de publications scientifiques à ce sujet), avec l’idée d’intervenir dans leur formation et dans un but commercial. Les demi-perles furent les premières (Australie et Japon). Quant à la perle sphérique, les connaissances scientifiques concernant les propriétés de sécrétion de la nacre du tissu épithélial du manteau des huîtres perlières, permettent de découvrir les principes fondamentaux de la perliculture. Le mystère de la formation des perles, l’un des plus beaux phénomènes naturels, allait être levé.

1900 (vers) : apogée, dans le monde, de la demande et de l’utilisation industrielle de la nacre.

1900 (vers) : (France) avec le naturaliste Rafael Dubois, la théorie parasitaire l’emporte : le parasite quel qu’il soit devient le noyau de formation d’une perle enfermée dans un petit sac membraneux afin de protéger le corps mou du bivalve contre l’irritation. Il ajouta, en 1903, cette mise en garde : « La culture de la pintadine sur les hauts fonds produira des nacres de petite dimension, mais les chicots et les perles s’y trouveront assez souvent, tandis que la culture dans les grands fonds produira des valves nacrées de grande dimension, très recherchées du commerce, mais la perle y sera très rare. »

Sur l’acclimatation et la culture méthodique des huîtres perlières vraies et la production intensive des perles fines, Compte-rendu de la séance de la Société de Biologie du 24 octobre 1903, Vol. LV, Paris, 1903.

1901 : (Sri Lanka actuel) après une décennie de mauvaises saisons de pêches perlières, le professeur Sir William Abbott Herdman et son assistant James Hornell sont embauchés par le gouvernement de Ceylan pour chercher les causes qui provoquent l’épuisement ou la disparition des bancs perliers. Ils découvrent les ennemis mortels des huîtres : forts mouvements de sable et prédation par les raies, les mollusques perforateurs, les éponges et étoiles de mer…, mais aussi la surpopulation, qui provoque étouffement et parasitisme.

Ils préconisent des déplacements de bancs perliers trop attaqués dans des zones plus favorables, préalablement préparées (substrats artificiels avec rochers, corail mort) pour faciliter la fixation des naissains.

1902 : (Royaume uni) le docteur Lyster H. Jameson [1875-1922], un des plus grands spécialistes en mollusques perliers, considère que les cellules épithéliales de la surface externe du manteau sont importantes pour la formation de la coquille et il explique le processus comme l’effet de la stimulation provoquée par un parasite qui aurait envahi le tissu tendre de l’huître. Le site dans ce tissu se transforme en un sac perlier à l’intérieur duquel la nacre est sécrétée.

1903 (vers) : (France) le photographe et biologiste Louis Marie-Auguste Boutan réalise, en 1893, les premières photographies sous-marines avec un appareil de sa conception. Il constate qu’en dehors des perles fines, il existe dans le corps du mollusque des perles incomplètes dépendantes de la coquille et souvent étroitement reliées à la nacre. Il s’agit selon lui (théorie de Diguet) de perles de nacre, produits intermédiaires entre la nacre et les perles fines complètes, dont l’origine est toujours la même : la perle est une forme pathologique de la sécrétion de nacre provoquée par un accident dans la vie du mollusque. C’est cette voie qui sera suivie par les Chinois et les Japonais pour reproduire les premières perles fines, en introduisant systématiquement des corps étrangers entre le manteau et la coquille des mollusques (d’eau douce, pour les Asiatiques). A partir de deux principes admis – l’irritation provoquée par un corps étranger, et son recouvrement par des couches concentriques de carbonate de calcium – il développe le rôle joué par le sac perlier dans la formation des perles. Il affirme par empirisme que la substance produite dans le sac perlier ne diffère de la nacre que par la disposition circulaire des couches de conchyoline. L’origine épithélio-palléale, où la perle est considérée comme une production pathologique se précise.

1903 : depuis quelques années déjà installé en Basse-Californie, le biochimiste français Gaston J. Vives signe avec le gouvernement mexicain un contrat de location pour l’île d’Espiritu Santo et de San José. Il est le premier savant au monde à connaître du succès dans la culture massive des huîtres perlières (madreperla) : repeuplement de zones dévastées, élevage dans un espace fermé, création d’infrastructures pour la capture des naissains. Les couveuses à naissains (2 mois et demi environ), les viviers de croissance des naissains (jusqu’à 9 mois environ), l’environnement artificiel de croissance en pleine mer, sont des inventions de Vives qui serviront à tous les perliculteurs du monde.

1904 : (Japon) un charpentier, Tatsuhei Mise, présente sa première perle sphérique au docteur Kishinoye, un des plus grands savants japonais en matière maritime. Elle est née d’une greffe du tissu épithélial autour d’un petit noyau de nacre.

1905 : le minéralogiste américain Georges Kunz, auteur du monumental The Book of the Pearl, comptabilise 106 850 pêcheurs dans le monde, permanents ou occasionnels, récoltant des perles à la plongée.

1906-1909 : (Australie) le biologiste marin britannique Saville-Kent obtient une concession pour la culture des perles dans le détroit de Torres. Il installe des collecteurs de naissains et applique la méthode asiatique de perliculture pour obtenir des demi-perles. Il démontre que la transplantation de bancs perliers dans des zones favorables est possible, mais échoue dans la capture des naissains, car il ne prend pas en compte la grande mobilité des huîtres à l’état larvaire.

1907 : (Japon) Tatsuhei Mise (1880-1924) demande un brevet pour sa méthode de culture. Il lui est refusé.

1907 : (Japon) Tokichi Nishikawa (1874-1909), diplômé du Collège des Sciences de l’Université de Tokyo, spécialisé en zoologie et biologiste de la marine impériale japonaise semble être le premier à avoir produit une perle sphérique par des méthodes scientifiques. En effet, il découvre que les cellules qui forment le sac perlier sécrètent un fluide qui devient une perle. Il s’associe avec Mise.

1907 : (Allemagne) Max Carl Wilhelm Weber (1852-1937), zoologiste germano-néerlandais, considère également que les mollusques qui renferment des perles sont probablement malades, étant donné que l’on trouve rarement des perles dans les coquillages grands, propres, à la face interne bien lisse et sans aucune perforation.

1908 : (Japon) le dentiste Otokishi Kuwabara, employé puis associé de Kokishi Mikimoto, développe la technique du greffage et de l’insertion des noyaux pour produire des perles libres.

1909 : (Japon) Tokichi Nishikawa réussit à cultiver des perles sphériques dans une production expérimentale. Il meurt 3 mois avant qu’elles ne soient présentées, le 10 juillet 1909, à l’empereur.

1910 (vers) : (Angleterre) le naturaliste britannique Sir William Abbott Herdman (1858-1924) propose une classification en trois groupes selon l’origine de formation de la perle :

– les perles ampoulaires (ampoules de l’épiderme, dont le noyau est un grain de sable ou n’importe quelle autre particule externe)

– les perles musculaires (analogue aux calculs biliaires)

– les perles-kystes (formées par des couches concentriques de nacre autour d’un noyau, le kyste, constitué d’un ver parasite. Elles se trouvent dans les tissus voisins du manteau ou dans les parties molles du corps viscéral de l’huître).

1911 : (Suisse) le botaniste Eduard August Rübel (1876-1960) rapporte qu’il a observé, après avoir écorché des centaines de perles fines (naturelles), dans leur centre, une sorte de pulpe brune ou jaunâtre qui ressemble à la conchyoline.

1913 : (Royaume uni et Allemagne) le zoologiste britannique Henri Lyster Jameson explique le premier et en détail le processus de formation de la perle autour de son noyau parasitaire quel qu’il soit. Avec le biologiste allemand Gregory, ils décrivent de façon scientifique le processus de formation du sac perlier. Mieux, ils se rendent compte rapidement que les noyaux calcaires, sans être absolument nécessaires, sont les plus efficaces dans le processus de la formation des perles.

1913 : (Japon) Kuwabara et Mikimoto obtiennent leur première perle sphérique.

1914 : (Japon) Kokishi Mikimoto demande et obtient un brevet pour sa méthode de culture de perles sphériques. En fait, cette méthode est tellement compliquée qu’elle n’a jamais été appliquée pour une production commerciale.

1916 : (Japon) la méthode de greffe Mise-Nishikawa obtient enfin un brevet. Cette méthode sera d’ailleurs adoptée par Mikimoto, devenu dans les années 1920 « Le Roi de la perle ».

 

1918-1941 : (Japon) Fujita et Iwasaki s’installent sur l’île de Boeton, au sud des îles de Célèbes (Sulawesi), en Indonésie alors sous contrôle hollandais, fondent la Boeton Pearl Cultivation Co., et adaptent la technique de greffage des Pinctada fucata Martensii sur les Pinctada maxima australiennes. Premiers résultats en 1927.

1920 (vers) : (France) le joaillier Jacques Bienenfeld invente une machine à percer les perles. Il en dépose le brevet chez Boettcher, cabinet fondé en 1876 et qui compte parmi les plus anciens cabinets de propriété industrielle français.

1922 : tandis que les Japonais lancent les greffes à grande échelle, Louis Boutan cherche à comprendre le procédé de formation de la perle en introduisant une boule dans l’huître. Après quelques mois, la boule est retirée : elle n’a pas été recouverte de matière perlière.

1922 : (Japon) Kokishi Mikimoto lance ses premiers essais de greffe à Palau (Pacifique central, mer des Philippines) sur des huîtres à lèvres noires. Il obtient des résultats satisfaisants. Ses essais à Palau de culture de perles blanches avec des huîtres importées du Japon, dans les années 1935-1940, seront un échec.

1924 : (Japon) Kokishi Mikimoto, détenteur de 17 brevets liés à la perliculture, est nommé par l’Empereur sénateur de la préfecture de Mie. Cette reconnaissance au Japon n’est pourtant pas celle du monde : les détracteurs de la perle cultivée mènent à Mikimoto une véritable guerre commerciale et juridique, à commencer par Léonard Rosenthal, ce fût le combat des 2 « rois de la perle », Rosenthal représentant la perle fine, Mikimoto la perle de culture.

1924-1932 : (France) parution, à Paris, du journal, « La Perle », qui n’a d’autre but avoué que de défendre, servir, informer et promouvoir la profession d’acheteur, intermédiaire et joaillier de perles fines.

1926 : (Europe) création du BIBOAH, organisme chargé de fédérer et représenter les intérêts de la joaillerie européenne.

1926 (vers) : (France) Lucien Pohl, représentant de Mikimoto à Paris et ardent défenseur de la perle cultivée permet au chercheur français Krempf de visiter l’usine Mikimoto. Krempf en revient sans avoir rien vu « de la chose la plus importante de leur technique […] Ce que l’on m’a dit seulement, c’est que cette petite opération était pratiquée par des hommes familiarisés avec la chirurgie dentaire ».

1927 : (Etats-Unis) première écloserie commerciale au monde, située à Blue Port (USA, Long Island, Etat de New York).

1928 : (Japon) le gouvernement japonais octroie aux ostréiculteurs le droit d’employer les innovations de Mise-Nikishawa.

1928 : (Australie) les Japonais, par le biais de la compagnie Mitsubishi s’établissent aux îles Célèbes où ils produisent les premières perles.

1929 : (France) création du Laboratoire français de Gemmologie, sorte de Syndicat des négociants en perles chargé de délivrer des informations sur l’authenticité et les caractéristiques des gemmes confiées. Il passera en 1936 sous la responsabilité de la Chambre de commerce et d’Industrie de Paris : totalement indépendant, il acquit ainsi une très bonne réputation internationale, et fut agréé par la CIBJO.

1930 (vers) : (France) Pohl est motivé dans sa promotion des perles de culture par un désir de convaincre les autorités françaises du potentiel qu’offrent les territoires coloniaux d’Océanie pour la perliculture.

1930 (années) : (Japon) Kokishi Mikimoto laisse ses huîtres engendrer leurs perles pendant 7 ans, afin que l’épaisseur de la nacre soit suffisante. Ce temps a été réduit à 5, puis à 3 ans, pour des questions de réduction des coûts.

1933 : (Japon) les chercheurs Ishikawa, Iwaki et Wada Sike rejoignent la Boeton Pearl Cultivation Co. et répandent ensuite la technique de greffage des Pinctada Maxima à travers le Pacifique sud. De 1937 à 1941, 200 000 carats de perles sont produits par ce centre d’expérimentation.

1934 : (Philippines) la plus grande perle jamais découverte et enregistrée, d’abord appelée Perle d’Allah et aujourd’hui Perle de Lao Zi, est découverte par un plongeur de perle, Etem, près de l’île de Palawan. Cette perle fait 238 millimètre de diamètre (23,8 cm) et pèse 6,4 kilogrammes soit 1280 carats. Pour faire une comparaison, une perle cultivée de 7,5 mm pèse environ 3 carats soit 3/5 gramme.

1940 : (Japon) Kokishi Mikimoto possède 360 fermes et produit 10 millions de perles par an (114 fermes pour 650 000 perles en 1926).

1940 (années) : déclin de l’utilisation de la nacre. Sa substitution par des matières plastiques et l’épuisement de bancs d’huîtres en raison de leur surexploitation ont eu raison de sa suprématie.

1949, 31 octobre : (Japon) le Dr R.A. Kahn du Département des ressources naturelles au Quartier général du commandement suprême des forces alliées occupant Tokyo, soumet un rapport intéressant dans lequel il conclut que Tatsuhei Mise et le Docteur Nishikiwa sont les seuls inventeurs des perles de culture rondes.

1954 : (Japon) Kokishi Mikimoto s’éteint, à la tête d’un véritable empire perlier.

1961, octobre : le BIBOAH est remplacé par une version mondialisée, la Confédération internationale de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, le CIBJO.

Deux mois plus tôt, dans un lagon de Polynésie, la première greffe d’une Pinctada Margaritifera variante Cumingi avait eu lieu.

Partager cet article :