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Me’etia ou la route du commerce nacrier

Un système ancien d’échanges mettait en relation les différents archipels de la Polynésie.

Un système ancien d’échanges mettait en relation les différents archipels de la Polynésie, notamment dans la circulation des biens prestigieux (plumes rouges), de matières premières (circulation Tahiti-Tuamotu du basalte, et dans le sens inverse de la nacre). Les ari’i (aristocrates) tahitiens eux-mêmes voyageaient régulièrement dans l’archipel afin de se procurer notamment des plumes rouges nécessaires à leurs parures de chefs (ceinture de pouvoir politique ou maro’ura)

La petite île volcanique de Me’eti’a, située sur la route des courants marins de Ana’a à Tahiti, a servi de relais d’échanges entre les Tuamotu et les îles-du-Vent, tout au moins aux 17e et 18e siècles. Morrison en 1790 racontait que « Le chef de Taiarapu a une de ces pirogues qui fait la navette entre Tahiti et Me’etia. Cette île étant sous sa souveraineté, il envoie des objets de fer et autres commodités européennes en présents aux chefs [de Ana’a] et ceux-ci lui envoient en retour des perles, des nacres et des petits sièges, des repose-tête et des plateaux en tamanu, ainsi que des plats du même bois, des nattes et des tissus, de l’huile, des cochons, etc.» Les guerriers de Ana’a imposèrent leur souveraineté sur Me’etia, ainsi que sur Makatea, à la fin du 18e siècle, quand les échanges avec Tahiti, du fait de la nouvelle présence des navires européens, renforcèrent les besoins en nacres et perles notamment.

 

Le commerce Ana’a – Me’eti’a – Tahiti

 

Le commerce Ana’a – Me’eti’a – Tahiti

Although some Tahitians undoubtedly held the Anaans in mortal dread,

several references in the early literature of Tahiti make it clear that they

carried on a trade with them by way of lofty Mehetia Island. Mehetia was

then under the control of the chief of Taiarapu. The first reference to the

Tahiti-Mehetia-Anaa trade is an entry in the diary of the Spanish interpreter

Maximo Rodriguez.

S’il est avéré que certains Tahitiens redoutaient avec effroi la rencontre avec des guerriers d’Ana’a, ces derniers ne vivaient pas dans l’isolement de la grande île. Ni que le commerce dans le Pacifique sud fut une création européenne. Les échanges avaient lieu entre les îles, de nombreux témoignages l’attestent. Ce que l’on connaît moins, ce sont les routes commerciales pré-européennes qui étaient empruntées. Les témoignages des premiers explorateurs européens, fin 18e, attestent d’une route Ana’a – Mehetia – Tahiti iti.

On 26 September 1775, Rodriguez recorded that a pahi

had reached Tahiti from Mehetia; that it had been smashed on the reef at

Taiarapu; and that the Tahitians had ‘made havoc’ of the goods it brought.16

Thirteen years later, Bligh learned of a canoe-presumably a pahi-that had

arrived at Mehetia from Anaa, and whose crew, except for a woman and a

young boy, had been killed,17 Finally, there is a detailed account by James

Morrison of how the chief of Taiarapu kept a canoe plying regularly between

Taiarapu and Mehetia, which linked Mehetia with the more easterly islands.

Le 26 septembre 1775, Rodriguez nota qu’un pahi avait rejoint Tahiti par Me’etia, qu’il s’était écrasé sur le récif et que les Tahitiens avaient fait un ravage (made havoc) de tous les biens qu’il avait apporté.

13 ans plus tard, Bligh sut qu’une pirogue, probablement un pahi en provenance d’Ana’a était arrivé à Mehetia (Osnaburg des Européens) et que son équipage, hormis une femme et son jeune garçon, avait été tué.

Enfin, Morrison laisse un récit détaillé de la façon dont le chef de Taiarapu gardait une pirogue qui sillonnait régulièrement les eaux entre Taiarapu et Me’etia, et qui assurait un lien entre Me’etia et les îles les plus à l’est.

On its outward voyage the canoe carried iron and other commodities obtained

from Europeans. On its retum, it brought pearls, pearlshell, matting, cloth,

oil, hogs, etc. and stools, headrests and dishes made of tamanu wood. To

reach Mehetia, the canoe’s crew took advantage of a northerly wind. They then

(176)

waited at that island until the wind changed so they could ‘stretch to the Northward’

to reach a group of small islands whose capital was ‘Tapoohoe.’18

Lors de ses voyages allers, la pirogue emportait du fer et d’autres matières premières obtenues des Européens. Lors de son retour, elle rapportait des perles, des nacres, des revêtements (matting = pandanus ?), des tissus (tapa ?), de l’huile de coprah, des porcs, ainsi que des tabourets, appuis-tête et plats (umete) faits de bois de tamanu.

Pour atteindre Me’etia, l’équipage de la pirogue profitait du vent du nord. Puis ils attendaient à Mehetia que le vent change afin de « s’étirer vers le nord » et ainsi atteindre un groupe de petites îles dont la capitale était Tapoohoe.

(Tapuhoe, proche de Ana’a, île au nord est de Tahiti, Schaadelyk de Roggeveen, Pernicious island, ensuite connue sous le nom du groupe Palliser – A vérif).

There is evidence in LMS sources that the trade through Mehetia was still

going on in 1803.19 But it broke down about 1806 when a party of Anaans

invaded that island and drove its inhabitants out.20 The trade was never re-

sumed. One of the consequences seems to have been that the term Tapuhoe

quickly felt into disuse among the Tahitians and was forgotten,21 […]

Selon les sources de la LMS, il est certain que le commerce à travers Mehetia existait toujours en 1803. Il a dû être interrompu en 1806 ou vers 1806, quand une partie des guerriers d’Ana’a envahit l’île et en chassa les habitants. Le commerce ne reprit jamais. Une des conséquences de ce fait fut que le nom de Tapuhoe tomba en désuétude chez les Tahitiens puis tomba dans l’oubli.

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