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Les perles et la nacre des anciens Polynésiens

La perle des Polynésiens

Avant 1800 et la période du Contact, temps de la rencontre entre les Polynésiens et les explorateurs européens, une économie inter-archipels existe. Elle met en relation les ari’i (aristocrates) de l’ensemble du triangle polynésien : manifestations culturelles, rituels liturgiques, échanges commerciaux, réseaux diplomatiques. La nacre y tient une place très particulière.

Avant l’arrivée des Européens, et jusqu’au début du 19e siècle, la nacre sert au troc et aux échanges inter-îles. Etant très abondante, sa valeur reste mesurée. Comme l’évoquait Morrison, second maître à bord du Bounty, en 1790, lors des grandes expéditions maritimes de 10 à 12 pirogues doubles pour des réunions lointaines d’île en île, les Tahitiens apportaient des objets en fer notamment et revenaient chargés de nacres et de perles, de sièges, tabourets, tapa…

Quant à la perle fine elle-même, parce qu’elle est rare, si elle peut servir de paiement ou de troc, elle sert surtout de présent lors des échanges diplomatiques inter-îles.

La perle des Polynésiens

Le mollusque lui-même est essentiel à la vie des insulaires. Il peut être consommé, notamment le korori, muscle adducteur qui relie les deux valves. Une fois travaillée, sa nacre, bien choisie, a plusieurs utilités : elle sert à orner certains habits de cérémonie, à fabriquer des outils tranchants, ainsi que des leurres et des hameçons pour la pêche.

Les perles ne sont pas ignorées par les Polynésiens. Cependant, quand on sait qu’il faut, dans le meilleur des cas, plus de 10 000 huîtres perlières pour espérer trouver une perle fine, on comprend mieux, dans cette économie où l’huître perlière n’est pas au centre d’un système d’exploitation industrielle, que les perles sont relativement rares. Les habits cérémoniels sont parfois constitués de nacres adultes de grande qualité, probablement prélevées sur des pintadines d’un âge avancé qui pouvaient être d’une belle taille.

Un matériau qui fascine les circumnavigateurs

Mais on ne trouvait pas de nacre de belle taille en nombre, car si le korori est consommé parfois abondamment, en période de disette notamment, il est prélevé chez de jeunes individus, car il y est plus tendre. Or, chez les jeunes bivalves, la chance de trouver une perle remarquable est moins grande.

Mais les perles font partie du quotidien des Paumotu comme des Tahitiens, comme en font part les descriptions de la Polynésie traditionnelle rapportées par les Européens entre 1710 et 1815. Les références liées à la perle sont en effet nombreuses, pas assez détaillées parfois, sans doute faute de temps passé à Tahiti et dans les autres îles. En effet, avant 1797 et les séjours des missionnaires de la London Missionnary Society, Morrison et l’Espagnol Rodriguez de la mission de Tautira sont les seuls à avoir passé plusieurs mois avec les Tahitiens.

La nacre se porte en médaillons. Elle habille aussi les coiffes des dames, selon des tressages savants. Des plastrons de guerre ou de cérémonie sont également taillés dans les plus grands individus (parfois plus de 40 cm de diamètre). Morrison a largement décrit la manière dont les plastrons de cérémonie étaient portés, dont la nacre, avec des cheveux humains, des dents et des ongles, des plumes rouges. La nacre habille les images des ancêtres (tupuna) dans les lieux sacrés. Elle sert à façonner certains hameçons (crochets) de pêche selon le poisson. Enfin, les perles récupérées dans les grandes huîtres avaient leur importance auprès des vahine et guerriers (aito) de Polynésie. Morrison encore décrivit une cérémonie de fête à Tahiti en 1790 : « Lors du Heiva, la robe des femmes, pendant les danses, est élégante, et leur visage, entouré d’un turban en tissu de fibres végétales où de longs cheveux tressés et aplatis sont tissés de fleurs, de dents de requin et de perles… […]

Les deux sexes font percer leurs oreilles dans lesquelles ils portent des fleurs ou accrochent leurs perles auxquelles ils accordent beaucoup de valeur. Dans une bande distante de 2 ou 3 pouces de l’oreille, en général, ils en accrochent trois. »

Des perles d’une inestimable valeur

Tout comme Parkinson, Morrison confirma les dommages aux perles d’un perçage malheureux : « Une de ces filles portait 3 perles à l’oreille, l’une d’entre elles était très grosse mais si laide qu’elle n’en avait que peu de valeur, les deux autres étaient aussi grosses qu’un petit pois, d’un bel orient et de jolie forme. Pour ces dernières, je lui ai proposé à plusieurs reprises de les lui acheter au prix qu’elle m’indiquerait, mais elle ne voulait en aucun cas s’en séparer. Je suis allé jusqu’à lui proposer le prix de 4 porcs abattus et toute chose qu’elle demanderait en plus, mais elle ne voulait rien savoir. En effet elles ont toujours donné une valeur particulière à leurs perles, si elles sont d’une qualité certaine, qui se rapproche de l’estimation que nous en faisons, sachant que le perçage leur fait perdre de la valeur. »

Nombreuses furent les descriptions des perles par les premiers Européens. On y apprit surtout que les familles tahitiennes avaient conscience de la valeur des perles, que leur parure est appréciée, que le perçage peut gâter la beauté d’une perle, dont la qualité, selon les critères européens, est très inégale. Qu’il peut y avoir des prêts, des échanges, des vols parfois… Mais surtout qu’il est fort probable que les perles soient beaucoup plus nombreuses que les quelques spécimens qui leur furent montrés. Tout ceci fut consigné dans les récits de bord. Il n’en fallait pas plus pour exciter les esprits aventureux des capitaines des mers du sud.

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