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50 faits majeurs

Chronologie. 50 ans de perles de culture

1961 Première greffe

En vue d’obtenir des perles de culture en Polynésie française, la première greffe d’huître perlière Pinctada margaritifera variété cumingii, afin d’obtenir les premières perles sphériques de culture fut réalisée, selon le souhait de Jean-Marie Domard, vétérinaire employé au Service de la Pêche depuis juillet 1957 (voir portrait dans Les hommes de la perle) en août 1961, dans le lagon d’Hikueru (Tuamotu de l’ouest). 827 pintadines furent greffées par Churoku Moroi, un greffeur japonais travaillant pour Pearls Propriety limited en Australie, une société dirigée par Tokuichi Kuribayashi, président de la Nippo Pearls Co.

1961-2011. C’est en 50 dates, comme un anniversaire inoubliable et comme le premier acte d’une grande saga, que nous avons choisi de vous raconter ce jubilé de la perle de culture. 50 dates pour cinquante années d’une histoire qui commence tout juste à s’écrire.

PHOTO Churoku Moroi à Hikueru

1962 Deuxième campagne

Après l’expérience de greffe d’Hikueru, semble-t-il réussie, Jean-Marie Domard souhaita contourner quelques difficultés, des « obstacles que les dirigeants d’une entreprise perlière établie aux Tuamotu auraient à surmonter, en particulier en raison de l’éloignement ». Il fut ainsi décidé de procéder à une nouvelle expérience à Bora Bora, avec des huîtres perlières de l’atoll de Scilly (Manuae). Churoku Muroi arriva dans la Perle du Pacifique le 24 juillet. Avant son départ, le 7 août 1962, il avait procédé, dans le fare-greffe construit sur le motu Toopua, à l’opération de 2250 huîtres : 1580 huîtres greffées avec un noyau de grande dimension, 520 huîtres greffées avec 2 noyaux de petite dimension, et 150 huîtres opérées en vue de la formation de demi-perles.

PHOTO motu Toopua

1963 Première perles de culture de Polynésie

En décembre, la collecte des perles d’Hikueru eut lieu. 276 gemmes furent récoltées, soit un pourcentage de réussite de 33,5% :

– les dernières huîtres récoltées le 9 décembre 1963 ont fourni 212 perles.

– avant cette récolte définitive, deux prélèvements avaient été effectués au titre de sondage.

– le 12 janvier 1962 : 100 huîtres prélevées ont fourni 46 perles. Ce lot a été volé en mars 1962, mais 22 perles ont toutefois pu être récupérées.

– le 13 octobre 1963 : 30 huîtres prélevées ont fourni 18 perles (7 grosses et 11 petites).

PHOTO perles Jean-Marie Domard 1

1964 des perles de grande classe

En mars, sur les 276 perles récoltées, 235 sont présentées aux experts japonais de la Nippon Pearls qui concluent : « Les perles de Tahiti paraissent susceptibles d’être promues au rang des bijoux de grande classe ». La récolte des premières perles de Bora Bora, prévue en juillet, est reportée, afin d’obtenir une plus forte proportion de nacre atteignant ou dépassant un diamètre de 10 mm.

Au cours de sa 3e mission en Polynésie française, entre le 27 janvier et le 6 février 1964, Churoku Muroi opéra, une nouvelle fois à Bora Bora, 560 huîtres, avec des noyaux de petite dimension. Ces huîtres greffées avec un petit nucleus souffrirent moins de mortalité (9% après 35 jours) que celles greffées avec un gros noyau (23% de mortalité) ou deux petits noyaux (53% de mortalité).

PHOTO Muroi à Bora

1965 premières perles de culture de Bora Bora

Le 1er mai 1964, Jean-Marie Domard avait écrit à Kuribayashi pour l’avertir qu’il « rest[ait] dans le lagon de Bora, au 16 mars 1964, 1301 huîtres greffées de perles rondes en culture ». Il le prévint qu’elles seraient récoltées à son retour de France au début de 1965. Et c’est avec un plaisir non dissimulé qu’il lui réécrit le 22 février 1965 pour lui confier ses impressions : « J’ai récolté il y a quelques jours les perles de Bora Bora. J’en ai trouvé 450. 100 d’entre elles sont très belles, rondes, et de 11 mm de diamètre. 50 font 12, 5 font 13, 1 fait 14. Mais le plus important réside dans la couleur de ces perles. Je ne peux pas toutes les décrire avec précision, mais tous ici les ont trouvées très belles, et plus remarquables encore que celles d’Hikueru. Je pense que c’est le travail de M. Muroi qui a donné ces excellents résultats. »

En juin 1965, Jean-Marie Domard récolta 110 perles avec petit nucleus, greffées en juillet 1962, puis 232 perles de la dernière série de greffe (petit nucleus, janvier 1963).

PHOTO perles Domard 2

1966 les prémices de la perliculture

Kuribayashi ne masqua pas son étonnement concernant la qualité des perles, mais émis des réserves quant à leur commercialisation. Aussi écrivit-il à Jean-Marie Domard pour lui dire que

si une activité industrielle de greffe devrait avoir lieu, 10 000 greffes par an serait un maximum,

que seules les perles de qualité seraient commercialisables, 4 à 500 par an peut-être ;

que Mikimoto, l’entreprise de l’empereur de la perle du Japon, devrait être chargé de leur commercialisation ;

enfin que pour leur donner valeur et prestige, les perles de Tahiti devraient être vendues avec un certificat signé par les autorités appropriées du territoire, d’autant plus qu’elles pourraient aisément être confondues avec des perles artificielles.

Avant tout, il s’agit de créer la structure de commercialisation. Le mercredi 10 août 1966, le projet de statut de la société perlière est approuvé en Conseil de gouvernement.

PHOTO lagon Tuamotu

1967 Vers une société perlière d’Etat ?

Un journaliste de Papeete, Koko Chaze, rencontra Jean-Marie Domard qui lui suggéra de se lancer dans la production de mabés, moins difficiles à réaliser que la perle ronde, et pour lesquels ne se pose pas le problème des greffeurs japonais, aussi rares que chers. Koko Chaze se rendit donc à Manihi et débuta ses essais perlicoles.

Jean-Marie Domard souhaitait l’envoi par Kuribayashi d’un greffeur pour expérimenter un nouveau site de greffe Rangiroa, qui présente de nombreux avantages : aéroport, hôpital, 1 vol par semaine pour Papeete chaque jeudi, de nombreux travailleurs dans les 2 villages, et l’acheminement des huîtres aisé car Takaroa, Manihi, Ahe et Aratika sont à 20 heures de bateau. C’est un nouveau greffeur, monsieur Iwaki, qui devait venir pour le début d’année 1967. Mais il tomba malade.

Le 26 juin 1967, Domard écrit à Kuribayashi pour lui dire que la société perlière de Tahiti et des îles (SO.PER.T.I.) a été constituée, et approuvée par le parlement local le 25 juin 1967.

Mais cette société ne sera pas activée avant octobre. Jean-Marie Domard, remercié par le Gouverneur de la Polynésie française, ne la verra pas constituée.

PHOTO Koko Chaze ou atoll de Manihi ou mabé de ATA

1968 La première ferme perlière

Jacques et Aubert Rosenthal, petits-fils du Roi de la perle, le parisien Léonard Rosenthal, et Koko Chaze, s’allient pour fonder la première ferme perlière de Polynésie. Ils créent la Société perlière de Manihi. Jacques Rosenthal, grossiste en gemmes réputé, demanda les services de William Reed, un biologiste australien engagé par le Territoire, afin qu’il étudie la viabilité d’une ferme perlière dans l’atoll de Manihi. Reed recommande le collectage de naissains car le stock d’huîtres naturelles est peu abondant, en raison de 150 ans de surexploitation motivée par la vente des nacres.

C’est le début des greffes d’huîtres perlières à caractère commercial avec le Japonais Kuoji Wada. Les pintadines ne sont plus ouvertes et sacrifiées pour leur nacre, mais précieusement conservées pour la perle de culture : un véritable « marché de la pintadine » est créé.

L’effondrement du marché de la nacre, inexorable depuis le début des années 1960, prend des proportions inquiétantes entre 1968 et 1970, alors que Jean-Marie Domard l’avait maintenu tant bien que mal par une intelligente gestion de l’exploitation des gisements et par une demande régulière. Le polyester, dans les domaines de la boutonnerie, etc (cf. brochure archives), les stocks insuffisants et le désintéressement des plongeurs, employés désormais au Centre d’expérimentation du Pacifique, eurent raison de la nacre.

Formés par le Service de la Pêche, plus d’une centaine de Paumotu sont aptes à la production de demi-perles, ou mabés. Une dizaine d’entre deux produisent et vendent sur le marché local un milliers de ces mabés. Ils se tourneront petit à petit vers la greffe d’huîtres perlières dans le but d’obtenir des perles sphériques.

PHOTO Koko Chaze ou frères Rosenthal ?? / à défaut, nacres

1969 les premiers collectages

Avec cette culture naissante, le constat est clair : les besoins en huîtres perlières sont énormes, et les élevages de pintadines à greffer ne sont pas suffisants. Cela induit la reprise des collectages à Manihi, Hikueru et Takaroa notamment, quatre lagons aux gisements encore importants. Le but est l’industrialisation des récoltes de larves. Ce projet est couronné de succès ; il démontre que le collectage de naissains est effectivement possible à grande échelle aux Tumaotu et dans les atolls des Gambier. Dès lors, le Service de la pêche, qui souhaite, sous la direction de Sixte Stein, développer la perliculture, impose des quotas dans chaque lagon.

PHOTO collectage miki miki (collection Domard)

1970 première maladie

Apparition d’une maladie, sans doute une poussée phytoplanctonique, comme ce fut le cas pour des huîtres perlières touchées en 1906 à Taiaro (aussi appelé Maro-taua), en 1953 à Mataiva (atoll le plus occidental des Tuamotu), ou encore en 1963 à Punaauia (district de l’île de Tahiti), des huîtres perlières à Hikueru, puis à Takume (également appelé Pukamaru) en 1972. Elle se traduit par une rétractation ou déformation du manteau et une interruption de la production de couche nacrée.

PHOTO Takume

1971 première récolte privée

Rosenthal et Chaze obtiennent leur première récolte de perles rondes, après 2 années de récoltes de demi-perles (mabés) : 71 perles seulement (source : Pearl Oyster), d’une valeur à la vente de 1500 dollars.

Le 22 décembre, l’arrêté d’application n°4085 fixe à 2,5 % de la valeur des perles ad valorem le montant perçu par le Territoire lors des exportations des perles de culture. Ce texte ne sera remplacé qu’en 1993.

L’objectif avoué du gouvernement dans les années 70 était de faire produire aux Paumotu des huîtres perlières d’un côté, maintenir le cours de la nacre de l’autre, avec, en toile de fond, la création d’emplois dans les atolls, où seuls la pêche dans les lagons proches de Tahiti (comme Kaukura, Arutua), les autres ne vivant que de plonge, de coprah et de pêche vivrière.

Le Territoire commence ainsi à travailler avec la compagnie japonaise Asahi Optical (Pentax) du Japonais Matsumoto et le biologiste Keiishi Mizuno.

PHOTO Paumotu générique

1972 première exportation et reconnaissance internationale

La collecte de nacre destinée à l’exportation (boutonnerie, ébénisterie, bijouterie) est désormais interdite afin de préserver l’industrie perlière.

Les premières perles de culture sont exportées (1,563 kg), pour une valeur de 3609 dollars. Mais la perle noire de Tahiti est perçue par la majorité comme étant colorée de façon artificielle. Cette situation est dénouée par Robert Crowningshield, chercheur à l’Institut américain de gemmologie (Gemological Institute of America), qui reconnaît que les couleurs des perles de culture de Tahiti sont bel et bien naturelles.

PHOTO Crowningsfiel

1973 Première ferme « commerciale » aux Gambier

William « Bill » Reed, biologiste expert en conchyliculture, fut le rénovateur des réserves nacrières de la mer Rouge au Soudan. Il avait été engagé sous contrat aux Etablissements Français de l’Océanie (EFO) par le Service de la Pêche dès 1966 afin d’étudier le collectage de naissains. Puis, en 1968, il avait été dépêché par les frères Rosenthal à Manihi afin de veiller sur les premières greffes. Il fonde cette année-là sa propre société de perles de Tahiti sur l’île de Mangareva, dans l’archipel des Gambier, Tahiti Perles. Cette ferme perlière est la 2e ferme créée sur le territoire polynésien.

PHOTO Gambier

1974 Robert Wan

Robert Wan se rend au Japon, dans les fermes de Kokishi Mikimoto. Il prend la décision de se lancer dans la perle de culture.

Cette année-là, 3,891 kg de perles de culture sont exportées. Le service de la Pêche de son côté favorise les projets de création de fermes perlières. La première, Poe Rava, naquit à Takapoto dans le courant de l’année 1974, sous la direction de Faaha Teahi. Bientôt, 13 premières coopératives sont créées, dans les îles de Takapoto (2), Takaroa, Aratika, Manihi (2), Ahe, Arutua, Kaukura, Hikueru, Marokau, Rikitea et Makemo.

PHOTO premières fermes, ou Robert Wan jeune 

1975 première ferme à Marutea sud

William Reed vend sa société, Tahiti Perles, à Robert Wan, deux de ses frères, et quelques-uns de leurs amis, tandis que Jean-Claude Brouillet, avec Jacques Branellec créent leur propre ferme perlière à Marutea sud : Polynésie Perles. Ce sont les 3e et 4e fermes perlières du territoire. Il faut rentre hommage à ces « pionniers » de la perle, sans leurs efforts et leurs investissements, l’aventure perlière n’aurait peut-être pas pris l’ampleur qu’on lui connaît.

PHOTO Brouillet / Branellec…

1976 premiers collecteurs de nacre

La pintadine est devenue précieuse, autant en qualité qu’en quantité. Après le succès des essais de Reed en 1969-1970, les premiers collecteurs de nacres (programme ambitieux de captage des naissains) sont mis en place par le Service de la Pêche à Takapoto tout d’abord, atoll qui devient rapidement le premier fournisseur de nacres aux fermes perlières des autres îles, notamment Manihi, Arutua, Ahe et Aratika. Cette année-là, des dizaines de milliers d’huîtres perlières sont opérées dans les fermes perlières des coopératives polynésiennes, rassemblant des fermes perlières autochtones soutenues par l’administration territoriale. Le marché japonais, avec l’envoi des greffeurs et la maîtrise des circuits commerciaux, reste l’élément régulateur essentiel.

PHOTO collecteur ou captage des naissains

1977 première grande récolte

28 000 perles sont récoltées en cette année 1977, preuve que la technique porte ses fruits et que les huîtres perlières à greffer ne sont pas rares. C’était l’un des objectifs du Service de la Pêche, en plus d’organiser les coopératives : créer des collectes de naissains et des stations de collectage à Takapoto, Hikueru ou Rikitea, lieux identifiés comme ayant le plus de possibilités. Les résultats, dès 1977, sont très bons, avec plus de 30 000 naissains collectés sur 30 m de stations. Il faut dire que Keiishi Mizuno savait que les Margaritifera, contrairement aux Maculata, n’aiment pas la lumière. Ces collecteurs sont fabriqués à partir de pièces d’ombrières d’agriculture en polypropylène enfilées sur une fine corde de manière à constituer un support aux multiples infractuosités (encore meilleurs que les cocos qui deviennent lourds dans l’eau, ou le miki miki).

PHOTO ombrières en polypropylène

1978 Création de Poe Rava Nui

Jean-Claude Brouillet parcourt le monde pour montrer ses échantillons de perles noires de Tahiti aux grands bijoutiers du monde. D’après lui, cette tournée a été “un fiasco pitoyable”.

Le 3 octobre, l’arrêté 4477 définit la notion de domaine public, étendu à la conception maritime.

De nouvelles fermes coopératives se regroupent autour du Groupement d’Intérêt Economique (GIE) Poe Rava Nui, qui signifie « Grande perle noire », appelé à l’origine « Groupement des producteurs de la nacre et de la perle », Te Pu Faahoturaa not te parau ete poe no Polynesia. L’idée initiale était de fédérer les plongeurs indépendants en coopérative, pour qu’ils soient plus forts lors des négociations de prix d’achat des nacres.

PHOTO logo Poe Rava Nui ou première manifestation

1979 système de soutien

Avant le début des années 1980, seuls 15 à 20 % des perles produites sur le territoire sont alors vendues, les autres l’étant par le biais des producteurs eux-mêmes, directement à des acheteurs internationaux. Un système de soutien se met en place : le GIE prélève 8% du montant de la vente, tandis qu’une autre part de la vente est confiée aux banques pour rembourser ou obtenir des prêts bancaires, quand c’est nécessaire.

PHOTO ferme perlière noir et blanc

1980 Premières enchères

Par le biais d’un ami commun, Jean-Claude Brouillet rencontre Salvador Assael, un grossiste en bijoux et négociant en perles de New York, qui décide de promouvoir la perle noire aux États-Unis d’Amérique en créant le label « Tahitian black cultured Pearl ». Suite à leurs efforts conjoints, le marché de la perle noire de Tahiti commence à se développer. 12 coopératives et 7 sociétés privées (cette année-là voit le début de la ferme perlière des Yu) produisent alors des perles de culture. 286 000 nacres sont à greffer. Les greffeurs japonais préfèrent greffer des nacres jeunes (2 ans environ, 10-12 cm, achetées environ 400 Fcfp l’unité), plus favorables selon eux pour la reproduction et la qualité des perles.

Les premières enchères organisées par le GIE Poe Rava Nui eurent lieu en octobre 1980, à Papeete : 6754 perles furent acquises alors : un immense succès !

PHOTO enchères

1981 premières recherches scientifiques

Le premier programme de recherche sur la génétique de la Pinctada margaritifera var.cumingi est élaboré par le professeur Françoise Blanc, directeur du laboratoire de zoogéographie. Cette étude permet également d’insister sur un point essentiel : il est nécessaire d’entretenir un stock suffisant de géniteurs afin de maintenir le niveau élevé de phénotypes détecté dans les populations naturelles, afin que chaque génération produise un nombre suffisant de larves viables. L’étude met également en garde contre une concurrence dangereuse entre l’espèce souche d’un lagon et une population concurrente venant d’un autre gisement : la compétition pourrait entraîner une perte irrémédiable de la qualité des perles. On comprend dès lors l’importance du génome de la nacre, véritable intendant de la vie de la nacre, sensible à toute modification du milieu – salinité, température, nourriture – pouvant entraîner des perturbations génétiques chez l’huître perlière, mais aussi l’apparition de parasites et de maladies…

PHOTO Françoise Blanc ? sinon lagon sous marin

1982 Pénurie

Epuisement des stocks d’huîtres à Manihi, Hikueru, et aux Gambier. Seul Takapoto semble se maintenir. Il est urgent de trouver une solution pour l’élevage des huîtres perlières. Le collectage des naissains doit être amélioré. Dans le cas d’une catastrophe sanitaire, cette nouvelle richesse de la Polynésie française disparaîtrait. On commence à évoquer la mise en place d’une écloserie.

PHOTO plongeur en couleur

1983 Cyclones et création de l’EVAAM et du GIE

De décembre 1982 à mai 1983, passage en Polynésie de Lisa, Nano, Prema, Orama, Reva, Saba, Tomasi, Veena, William et Xena. Ce ne sont pas les puces savantes d’une troupe du cirque du Soleil, mais les 10 cyclones qui ravagent les îles et lagons de Polynésie durant 6 mois.

Après les cyclones, nombre de coprahculteurs sans cocotiers se tournent alors vers la perliculture.

La population des Tuamotu a presque doublé depuis 1960. Si la plonge fournissait encore en 1975 près de 80 % des huîtres perlières à greffer, la technique performante de collectage des naissains, mise au point par le Service de la Pêche, devient peu à peu la seule source d’approvisionnement des professionnels, à l’image de l’exploitation japonaise. Le Service de la Pêche est remplacé par l’Établissement pour la Valorisation des Activités Aquacoles et Maritimes (EVAAM) qui doit fournir une assistance technique aux perliculteurs, commercialiser les produits, rechercher des marchés pour les coopératives. Aucune coopérative ne peut être créée sans un avis favorable de cet établissement (35 existent, en plus des 15 fermes perlières privées de grande importance).

PHOTO cyclone de 1983

1984 Jean-Claude Brouillet vend

Les acheteurs principaux de la perle de Tahiti sont, dans l’ordre le Japon, les Etats-Unis et la Suisse (chacun 30%), les 10% restants étant pour le marché français.

Robert Wan rachète la société de Jean-Claude Brouillet, lassé sans doute après les dégâts causés par le cyclone de 1983. Or, le renouvellement des eaux de Marutea sud, comme dans la plupart des atolls a favorisé les huîtres greffées restantes, par un apport exceptionnel de nutriments, permettant une récolte magnifique l’année suivante. De plus, les nombreux déchets parsemés dans les fonds lagonnaires suite aux cyclones ont créé des collecteurs inattendus. La collecte des naissains est relancée de plus belle. Avec le collectage, la plonge n’est plus nécessaire. Elle est même dangereuse pour les stocks appauvris malgré les quotas et, sinon interdite, dûment réglementée. Mais c’est compter sans les habitudes ancestrales : les autorités municipales autorisent souvent « une plonge raisonnable » (2000 nacres autorisées à Manihi en 1984, 10 000 prélevées !) pour contenter leurs administrés.

PHOTO Marutea sud

1985 Syndrome 85 : forte mortalité

Depuis la fin de l’année 1984, une forte mortalité des nacres est constatée, notamment à Takapoto, au début sur le site d’Okukina, puis dans tout le lagon (une mortalité d’environ 50% des individus constatée au cours du 1er semestre 1986), et ensuite dans de nombreux atolls. On crut à un problème de surdensité d’élevage. En effet, les lagons ont une capacité trophique (terme relatif à la nutrition d’un être vivant) maximum au-delà de laquelle ils ne sont plus aptes à fournir les éléments nutritifs nécessaires au bon développement du mollusque. La présence de parasites ou de maladies est un autre facteur, qui touche plus particulièrement la croissance des nacres, surtout quand il y a surpopulation.Il y a aussi le problème du transport des nacres (les lagons fermés, propices au collectage, ne sont pas les meilleurs pour la croissance des nacres) vers des lagons ouverts où l’eau de mer entraîne une plus grande richesse en plancton.

Ces mortalités de 1985, surnommées depuis « Syndrome 85 » sont toujours inexpliquées, sans doute parce qu’il n’y eut pas une seule raison, mais plusieurs facteurs combinés.

PHOTO lagon de Takapoto

1986 création de l’écloserie de Rangiroa

Pour prévenir l’expansion de l’épidémie de 1985, le gouvernement de Tahiti interdit en janvier l’exportation des pintadines de Takapoto dans les autres atolls des Tuamotu. Or, les 21 fermes de Manihi, par exemple, sont fournies par son élevage : sans lui, les gisements naturels sont insuffisants, pour toutes ces fermes, comme ailleurs dans les atolls. L’effet est immédiat et d’importance : des fermiers impliqués dans la collecte des naissains ou la croissance des larves se tournent alors vers la perliculture, quitte à fonder de nouvelles fermes et à abandonner le capital essentiel de l’élevage de gisements de nacres.

En février, devant cette menace, le gouvernement autorise heureusement, durant 7 jours, la collecte à Takapoto de 30 000 huîtres perlières. 56 422 sont en fait récoltées, dont 14 261 le premier jour.

C’est pour faire face à cette menace majeure du manque d’individus à greffer qu’est créée l’écloserie de Rangiroa, confiée au biologiste Philippe Cabral.

La forte mortalité des huîtres perlières, des stocks naturels ou d’élevage, provoque une forte diminution de la production de perles (d’environ 50%) et une envolée du cours de la perle : 9 584 F/g en 1986 contre 6 745 F/g en 1985, soit 42% d’augmentation.

PHOTO écloserie

1987 premières initiatives territoriales

Premières initiatives du Territoire en faveur de la recherche pour la perliculture, suite aux frayeurs nées en 1985. Des instituts de recherche (l’IFREMER, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, l’ORSTOM, l’Office de la recherche scientifique d’Outre-mer (devenu IRD en 1998), ou encore l’EPHE, l’Ecole pratique des Hautes-Etudes), sont contactés pour tenter de comprendre ce qui s’est passé.

Pour le fermier perlicole, les dépenses se stabilisent : par huître perlière à greffer, il faut compter 50 francs Pacifique (Fcfp) pour l’achat d’un nucléus, 200 Fcfp pour la greffe et 350 francs pour l’infrastructure (salaire du perliculteur, bateaux, plongeurs, essence, etc.).

PHOTO ferme perlière

1988 appellation « Perle de culture de Tahiti » et création du CMNP

Le CIBJO (Confédération Internationale de la Bijouterie, Joaillerie et Orfèvrerie) reconnaît l’appellation commerciale « Perle de culture de Tahiti ».

Le 8 décembre : par la délibération n° 88-185 AT, l’EVAAM crée à Rangiroa le Centre des Métiers de la nacre et de la Perliculture (CMNP, dépendant du Service de la perliculture), dont le programme fut élaboré principalement par Abel Hauti et Simone Grand, arrière-petite fille de l’ostréiculteur venu étudier les huîtres perlières vers 1900.

S’il y a désormais quelques centaines d’établissements perlicoles, 25 fermes perlières seulement produisent chacune plus de 5000 perles par an.

PHOTO perle

1989 Succès inattendu

60 % de la production est achetée par les Japonais, qui n’obtiennent des perles foncées que par traitement chimique ou irradiation de leurs perles locales : en octobre, le prix de vente des perles de Tahiti, lors des enchères annuelles à Papeete, est monté en flèche, en raison d’une razzia des acheteurs japonais : 121 lots, soit 7 700 grammes de perles, ont été vendus pour 30,6 millions Fcfp, au lieu des 21,6 millions espérés, soit 42% de bénéfices en plus. Et lors des 13e enchères du GIE Poe Rava Nui, 41 130 perles sont vendues pour 620,4 millions CFP. Cette année-là, on estime à 400 000 le nombre de perles vendues, dont 360 000 sont exportées.

PHOTO enchères

1990 PGRN

En janvier, signature du Contrat de Plan mettant en place le Programme Général de Recherche sur la Nacre [PGRN], autour de 3 axes confiés à des laboratoires spécialisés – connaissance, optimisation, sécurisation –, sous la coordination de l’EVAAM.

L’importation d’huîtres perlières vivantes est interdite afin de limiter les risques d’introduction dans les eaux polynésiennes d’agents pathogènes. De même tous les transferts inter-îles de pintadines sont réglementés.

Un collier de 119 perles de Tahiti est vendu en février aux enchères à New York par Christies pour environ 880 000 US$ (100 millions Fcfp).

Robert Wan finalise l’acquisition de l’atoll de Nengo Nengo, dans l’archipel des Tuamotu, un atoll totalement vierge au moment de son achat.

Cette année-là, on comptabilise 105 coopératives, 180 fermes familiales, 23 fermes d’importance. 2367 personnes travaillent dans les fermes perlières.

PHOTO collier de 119 perles (ou équivalent)

1991 début de la formation du CMNP

La formation au Centre des Métiers de la Nacre et de Perliculture de Rangiroa débute, pour une quinzaine de stagiaires par an. L’arrêté n°612 CM du 30 mai 1990 (modifié régulièrement par la suite) en fixe les règles d’organisation, de fonctionnement et de formation.

Depuis 1977, 2 126 permis de concessions perlières ont été accordés par le Territoire. En 1991, pas moins de 945 nouvelles demandes sont arrivées sur le bureau du Ministre.

Avec la station polynésienne de télédétection et une coopération Territoire – Ifremer, mise en place du 1er SIG (Système d’informations géograhiques) offrant un outil fort utile pour la gestion des concessions maritimes, grâce à la représentation réaliste de leur environnement spatial. Ce projet, pourtant prometteur, fut arrêté par les autorités qui n’avaient alors pas compris son intérêt.

PHOTO concession vue du ciel

1992 plus d’1 tonne exportée

En janvier, le compte-rendu d’un colloque sur la perle de Tahiti réaffirme que la qualité doit être au cœur des préoccupations de la profession et de la réglementation du Territoire. Or, le taux de retour des perles de mauvaise qualité chez les petits producteurs est très élevé et menace les cours de la perle de Tahiti sur le marché mondial (les perles de 9 à 12 mm en majorité de faible qualité sont fort nombreuses, d’où cette impression de surproduction). La production et la vente des perles doivent être encadrés, surtout que les huîtres greffées sont de plus en plus nombreuses et mieux connues : 200 millions Fcfp ont été consacrés, entre autres, à la recherche sur la mortalité des nacres.

Cette prise de conscience est prémonitoire : cette année-là, l’effondrement des prix est partout constaté. La récession économique est mondiale. Or, pas moins d’une tonne de perles de culture est exportée. Sa valeur exportée atteint 19,6% (44 millions de dollars) du marché mondial (267 millions). 1274 concessions ont été accordées pour la seule année 1992.

L’écloserie de Rangiroa, unique au monde, produit désormais 150 000 nacres annuelles.

PHOTO mauvaises perles / rebuts…

1993 GIE Perles de Tahiti, SPPTI, DSPE

C’est une année législative : le 11 juin, le ministre de la Mer (alors chargé de la perle avant la création d’un Ministère de la perliculture) prévoit les modalités de transfert (d’une ferme à l’autre), d’importation et d’exportation des huîtres nacrières. Le but principal est de lutter contre la surdensité des pintadines, facteur aggravant de transmission de maladies. Le 11 août a lieu la création du GIE Perles de Tahiti (décret n°93-076 AT) dont le rôle, double, est d’assurer la commercialisation et la promotion mondiales de la perle de culture de Tahiti et ses dérivés.

Ce GIE regroupe le Territoire, le GIE Poe Rava Nui, le Syndicat professionnel des producteurs de perles (SPPP) et le Syndicat professionnel des perliculteurs de Tahiti et de ses îles (SPPTI), créé la même année. Il regroupe des producteurs indépendants qui souhaitent une classification des perles, basée sur leur qualité, regrouper leur production et améliorer la commercialisation.

Le 30 décembre, est créée une taxe à l’exportation des perles de culture : le DSPE (Droit spécifique sur les Perles exportées), fixé à 140 Fcfp le gramme net de produits de la perliculture. 35% de cette taxe est affecté au GIE Perles de Tahiti dans la limite de 65 millions Xpf, le reste au budget du Territoire.

Cette année-là enfin, l’activité de collectage des naissains devient la première activité perlicole de Maupiti (Îles sous le Vent). Le GIE Vaiahu de Maupiti, à l’instar du GIE Poerau pour Raiatea, représente les activités perlicoles de Maupiti.

PHOTO Maupiti

1994 premier festival international et TSST

Suite à une attaque mortelle qui a détruit 50% du cheptel d’huîtres Akoya Pinctada Fucata martensii au Japon, la Polynésie modifie ses contrôles concernant les importations de nucléus et du matériel pour la production des perles de culture.

Du 15 au 18 juin a lieu le premier festival international de la perle à Tahiti, organisé par l’Association des joailliers perliers de Tahiti.

Le 15 septembre, la délibération n°94-116 AT institue une Taxe spécifique de solidarité territoriale sur les produits exportés de la perliculture : la TSST, affectée à la Caisse de prévoyance sociale (CPS). Enfin, le 8 décembre, la délibération n° 93-61/AT fait passer le DSPE à 154 Fcp, avec une nouvelle répartition : 70 Fcfp pour le GIE Perles de Tahiti, sans plafond défini, et 84 Fcfp affectés à nouveau au budget du territoire.

Le 28 septembre 1994, année de la mort de Jean-Marie Domard, le Conseil des ministres manifeste le vif désir auprès de madame Edith Domard de pouvoir baptiser du nom de Jean-Marie Domard, récemment décédé, le Centre des Métiers de la Nacre et de la Perliculture de Rangiroa. Ce qui fut fait.

PHOTO CMNP

1995 stock naturel à Takapoto

La perle de Tahiti occupe la 2e place (24,41%) du marché mondial des exportations de perles, juste après l’Australie (24,55%).

En octobre et novembre, l’estimation du stock naturel de nacres du lagon de Takapoto est réalisé conjointement par l’EPHE et l’EVAAM. Entre 4 et 5 millions d’huîtres perlières naturelles, disposées sur les constructions coralliennes, principalement entre 30 et 40 mètres de profondeur, sont comptabilisées. Cet audit ne permet cependant pas de savoir comment évolue le stock. On ne sait en effet pratiquement rien de la mortalité d’un stock naturel, de sa vitesse de régénération ou de la durée de vie moyenne d’une pintadine dans le lagon.

PHOTO Takapoto

1996 promotion, internet, succès aux USA

La perle de Tahiti fait son entrée sur Internet avec le site www.tahitiblackpearl.com, à l’occasion du troisième Festival annuel de la perle et de la joaillerie de Tahiti.

Cette année voit la création du GIE Tahiti Pearl Producers, regroupant une trentaine de producteurs (32 en 2001) de petite et moyenne taille (environ 20 % de la production totale).

Depuis 1970, 4728 concessions maritimes ont été accordées, contribuant ainsi au “boom” de la production et des petites exploitations.

La production des 3 principales entreprises perlicoles reste largement prépondérante : leur part de marché est estimée entre 60 et 70 % de la production totale de perles.

La campagne de promotion du GIE aux Etats-Unis, notamment avec le lancement du parfum Black Pearl d’Elizabeth Taylor, ou le bal Tahitian Black Pearl and Tie (perles noires de Tahiti et tenue de soirée) pour 750 invités de la jet-set new-yorkaise, a porté ses fruits, avec une augmentation des ventes, selon Salvador Assaël, président de la Tahitian Pearl Association, de 400%. La création de bourses pour l’étude des perles pendant deux mois par an à l’Institut de gemmologie d’Amérique est aussi couronnée de succès.

PHOTO Parfum Elisabeth Taylor

1997 anémones de mer et surexploitation

L’augmentation du nombre de concessions a entraîné des problèmes sanitaires dans certains lagons et le Territoire limite désormais les octrois. Le 26 juin, l’arrêté n°608/CM suspend pour une période de 2 années la délivrance des autorisations d’occupation temporaire du domaine public maritime à des fins perlicoles dans certaines communes. Cet arrêté tente de réduire la production et ainsi de soutenir les cours de la perle, mais surtout de préserver l’environnement de l’huître perlière (qualité de l’eau, baisse de la pression exercée sur le milieu naturel, stress).

L’apparition, dans les lagons, de Mangareva à Maupiti, d’anémones de mer néfastes sur la croissance des nacres (défauts de bio-minéralisation), mortelles pour l’huître à terme, urticantes pour les plongeurs, soulève à nouveau les conséquences de la surexploitation des lagons et de la fragilité du milieu.

PHOTO Anémone de mer

1998 carte de négociant, délire parisien et greffe locale

Le 11 juin, la délibération n° 98-63 APF met en place une carte de négociant délivrée désormais à toute personne désirant se livrer au commerce des perles en gros et semi-gros. Dans le même temps, le Conseil économique, social et culturel (CESC) de Polynésie française approuve un projet visant à doubler la production de perles et les revenus du tourisme sur 7 ans afin de compenser la perte des investissements militaires à la fin des essais nucléaires effectués sous les atolls de Mururoa et Fangataufa, en janvier 1997. Cette décision inquiète les spécialistes du secteur.

En septembre, Robert Wan met en place ses propres ventes aux enchères de perles de ses fermes, à Hong Kong.

C’est aussi l’année de la mise en place au CNMP de Rangiroa d’une phase de « formation complémentaire de perfectionnement à la greffe ». Cette phase clôt désormais pour les meilleurs élèves un cursus complet de 2 ans. 110 jeunes environ ont été formés au CNMP de Rangiroa depuis sa création. 80% ont intégré des entreprises perlicoles.

PHOTO carte de négociant

1999 la qualité des perles en cause

Les perles de culture de Tahiti représentent 28,8 % de la production mondiale de perles. Leur cote s’est d’ailleurs renforcée, selon le Australian Jeweller, suite à la 3e vente aux enchères de Robert Wan, qui s’est tenue à Hong Kong à la fin du mois de septembre.

Une aile du campus californien du GIA, institut américain de gemmologie (Gemological institute of America), fondé en 1931, est d’ailleurs baptisée Robert Wan Education Wing, un honneur en remerciement de la contribution de ce perliculteur polynésien au développement de la perle dans le monde.

Cependant, si les perles de Tahiti semblent plus appréciées que les perles blanches, les marchés s’inquiètent de la qualité des perles exportées. Les perles de Tahiti sont disponibles dans des points de vente de plus en plus diversifiés, ce qui reflète une perte de prestige.

Divers substituts aux nucléus de perles rondes, alors fabriqués à partir de moules du Mississipi menacées d’extinction, sont en cours d’expérimentation. George Ventouras, de la Paragon Pearling, présente des échantillons de nucléus à partir d’un matériau traité, la Bironite, qui présente les principales caractéristiques de la coquille de moule.

PHOTO moule du Mississippi

2000 premier Tahitian Pearl Trophy

Le 21 janvier, l’arrêté n° 157 CM interdit l’importation de matériel usagé pour la greffe, mais prévoit des dérogations [au cas où le greffeur préfère utiliser son propre matériel] si le matériel concerné supporte la désinfection.

Le GIE Perles de Tahiti organise le premier Tahitian Pearl Trophy pour mettre en valeur la perle de Tahiti. Il donne lieu à une présentation des perles de Tahiti en octobre 2000 à Paris, en présence de stars de la haute-couture, puis à la parution d’un ouvrage, « The 100 best », compilant les 100 plus belles créations des joailliers du monde entier avec des perles de Tahiti.

Aux enchères organisées par Robert Wan à Hong-Kong, 140 000 perles sont vendues en mars, pour 1,5 milliard Fcfp, et 120 000 perles sont vendues en 205 lots en septembre 2000, pour une valeur de plus d’1 milliard Fcfp.

Au total, 11,3 tonnes de perles de culture sont exportées !

GIE Tahiti Pearl Producers regroupe 32 producteurs de petite et moyenne taille (environ 20 % de la production totale). Début 2000, le GIE Poe Rava Nui compte environ 450 exploitations familiales responsables de 10% de la production de perles. Les 15 membres du SPPP (Syndicat professionnel des Producteurs de perles, dont la société Tahiti Perles de Robert Wan fait partie), produisent les 70% restants.

PHOTO tahitian pearl trophy ou enchères Robert Wan à Hong Kong

2001 Service de la perliculture, Tahiti Pearl Center, et classification

Le 30 mars, création, par la délibération 2001-37/APF, du Service de la perliculture, qui devra veiller à l’application des textes, assurer l’assistance technique et biologique auprès des producteurs, coordonner les programmes scientifiques pour l’amélioration de la qualité perlière et contrôler la qualité des perles à l’export par la délivrance, à partir du 1er août, d’un « certificat de qualité d’exportation » et la destruction des rebuts, indemnisés à 50 Xpf le gramme. Dès le 1er juin, Anne-Sandrine Talfer est nommée chef de ce service. PORTRAIT

Le 12 juillet, le taux du DSPE est fixé à 200 Fcfp le gramme net de produit perlicole exporté. 35% de cette somme revient au GIE Perles de Tahiti. Le même jour, l’Assemblée de Polynésie française adopte la classification des produits tirés de la perliculture (perle, mabé, keshi, nacre) : « Une perle n’est qualifiée de perle de culture de Tahiti que si au moins 80% de la surface de son nucleus est constituée d’une matière naturelle secrétée par l’huître perlière Pinctada Margaritifera variante cumingi, telle que calcite ou matière organique ». L’arrêté du 26 juillet suivant fixe les règles relatives à la classification des perles de culture de Tahiti : A, B, C et D.

A partir du 1er septembre, l’épaisseur minimum de la couche nacrière entre le nucleus et la surface externe des perles commercialisées est fixée à 0,6 mm.

En fin d’année, le 20 décembre, les GIE Poe Rava Nui et Tahiti Pearl Producers créent la centrale d’achat Tahiti Pearl Center pour tenter de maintenir les cours au plus haut.

PHOTO Service de la perliculture

2002 18 mois pour 0,8 millimètres

En mars, le Cahier des charges applicable aux exploitations perlicoles est mis en place. Il précise les distances à respecter en ce qui concerne la mise en place des installations de collectage de naissains, d’élevage et de greffe d’huîtres perlières, ainsi que d’élevage d’huîtres greffées.

En juin, une série de lois établissent une sorte de « code de bonne conduite » du perliculteur : tenue à jour d’un registre des comptes, limitation de la production à 12 000 huîtres par hectare, normes minimales en matière d’équipement et de constructions, licence à jour, inspection des perles par radioscopie à l’aéroport… Ces mesures préparent la rédaction d’un code de déontologie des professionnels de la perle par un Comité de suivi de la perliculture.

Enfin, à partir du 1er juillet, l’épaisseur minimum de la couche nacrière entre le nucleus et la surface externe des perles commercialisées est fixée à 0,8 mm. Le texte précise aussi que « le temps d’eau d’une nacre après la greffe doit être au minimum de 18 mois ».

PHOTO ferme perlière

2003 mieux connaître, mieux gérer

Le recensement au GPS du nombre de concessions et de leur surface d’exploitation est plein de surprises. Ainsi le plus gros écart mesuré entre la superficie autorisée et la superficie réelle d’une concession se monte à 86 100 %, soit une superficie 861 fois supérieure à celle autorisée !

Les grandes orientations d’un projet « Huître perlière », en fonction des compétences et moyens disponibles au Centre océanologique du Pacifique, de l’Ifremer et des besoins de la profession et des services du Territoire, sont définies. Elles ont pour objet de mieux connaître l’huître perlière dans son milieu afin d’optimiser la qualité des perles en améliorant la greffe (choix du greffon, de l’huître receveuse, du nucleus…).

PHOTO perles de qualité A

2004 marché mondial

La valeur de la production mondiale (en US$) est estimée à 220 millions pour les perles blanches des mers du sud (Australie, Philippines, Indonésie, Myanmar), 150 millions pour les perles d’eau douce de Chine, 135 millions pour les perles Akoya du Japon et de Chine, et enfin 120 millions pour les Perles de culture de Polynésie française.

Au CMNP de Rangiroa, on assiste à la mise en place de deux spécialisations : la greffe d’une part, la plongée professionnelle d’autre part, afin d’éviter la pénurie de main d’œuvre qualifiée dans les fermes demandeuses, toujours nombreuses : 1 076 fermes perlicoles, dont 68 fermes de plus de 30 ha, 255 fermes entre 5 et 30 ha et 753 fermes d’une superficie inférieure à 5 ha. Au total, plus de 7 000 employés dans le secteur de la perle.

PHOTO ferme perlière

2005 la nacre renaît – recherche fondamentale

La nacre reprend de l’importance. Si plus de 400 millions Cfp d’ouvrages en perles et nacres sont exportés, 395 millions de nacres brutes ont également été exportés. Le Pays instaure d’ailleurs un système « d’entreprises franches », avec avantages fiscaux visant à développer les exportations d’ouvrages en perles. Cette mesure eut des résultats médiocres.

Le GIE Perles de Tahiti, avec les perles de culture, part à la conquête de l’Inde, du Moyen-Orient, notamment Dubaï qui a créé le Pearl Exchange (après le Diamond Exchange), et de l’Amérique du sud.

En octobre, les résultats d’importants programmes de recherche fondamentale, en collaboration ou sous la direction de l’Ifremer, menés depuis un certain nombre d’années, commencent à être exploitables (génétique et biochimie), notamment en ce qui concerne la vie de l’huître perlière dans son milieu naturel et en élevage. Le nouveau programme de l’Ifremer comporte une nouveauté de taille : il s’agit d’aider à comprendre les réussites de la greffe.

PHOTO recherche microscope

2006 Hong-Kong première place mondiale

Plus de 10 tonnes de perles sont exportées sur les marchés mondiaux. Les perles de culture de Tahiti sont principalement exportées vers Hong-Kong (48,4%), qui a supplanté dans les statistiques le Japon (41,4%), mais les grossistes achetant à Hong-Kong [en raison des enchères de Robert Wan et du GIE Poe Rava Nui] sont en majorité japonais.

Le gel de l’octroi des concessions maritimes, décidé en 2001, est partiellement levé. Certains lagons sont même réouverts au collectage, très encadré cette fois : 10 hectares maximum et 10 lignes de collectage par nouvelle demande. Seules 100 des 170 demandes sont accordées.

PHOTO enchères à Hong Kong

2007 appellation d’origine protégée

En septembre, le gouvernement polynésien gèle à nouveau les concessions maritimes pour une durée d’un an.

Un projet de loi pour l’Appellation d’origine de la perle de culture de Tahiti est rédigé.

Philippe Rosier, professeur de biologie qui conduit l’Unité de recherche scientifique OCEANIS depuis 2001, tire la sonnette d’alarme : l’exploitation sauvage des huîtres perlières qui sont prélevées, greffées, puis supprimées purement et simplement une fois récoltées, doit laisser la place à une véritable gestion de cette ressource, plus respectueuse du développement durable.

PHOTO tas de nacres délaissés

2008 réenchanter la perliculture en crise

Quelques lagons sont réouverts au collectage : Hao, Faaite, Kaukura, Kauehi. On recense alors 651 fermes pour une superficie totale de 9 704 hectares. Le 21 août, l’Assemblée de Polynésie française décide de suspendre, à compter du 1er octobre, le DSPE, suspecté d’encourager la fraude à la déclaration (on estime que 20 % des perles produites sont exportées sans déclarations).

Le marché est au plus bas, la perliculture est en crise. En juin, le GIE Poe Rava Nui publie le rapport Réenchanter la perliculture, qui tente de recenser et analyser les raisons pour lesquelles la perliculture s’est enlisée : des causes souvent identifiées depuis des années, telles que la qualité insuffisante, la commercialisation anarchique…

Plusieurs organismes – GIE professionnel des Producteurs de nacres et de perles de Polynésie (PNPP), fondé en octobre, présidé par Alfred Potier et qui rassemble plus de 400 producteurs, ou encore le GIE Poe o Tahiti Nui qui propose la création d’un cartel, l’OPEPT (Organisation professionnelle des exportateurs de perles de Tahiti) – souhaitent la création d’une sorte de centrale d’achat qui encadrerait production, commercialisation et promotion, et d’un système de crédit-relais qui permettrait aux producteurs de toucher un acompte. Les syndicats et GIE signent un protocole le 4 décembre en ce sens.

Cette crise est une ouverture vers la mutualisation des moyens, y compris scientifiques.

Le 24 novembre, la mise en liquidation judiciaire du GIE Perles de Tahiti est prononcée.

PHOTO perles

2009

Fin mai, le Ministère des ressources de la mer (donc de la perliculture) préside le séminaire de la perliculture, au cours duquel les grandes orientations d’un vaste plan de réorganisation de la filière sont arrêtées : recensement de l’ensemble des concessions correspondant aux premiers quotas d’importation de nucleus ; mise en place d’une nouvelle structure en remplacement du GIE Perles de Tahiti pour la promotion de la perle ; définition d’une nouvelle fiscalité…

Fin juillet, le DSPE est examiné. Il est finalement remplacé par une Contribution à l’Organisation de la Perliculture (COP) de 50 Fcfp par perle exportée, dont le produit sera affecté à la réorganisation de la filière perlicole.

Le 26 août, le conseil des Ministres donne son aval pour le projet de construction d’une Maison de la perle : 2700 m2 de surfaces utiles pour une estimation prévisionnelle des travaux de 894 millions de Fcfp. Sa livraison est attendue en février 2012. Cette nouvelle structure sera chargée d’informer les perliculteurs, réguler la production, labelliser les exportations, commercialiser et promouvoir les perles. Ses dépenses seront financées par la contribution pour l’Organisation de la filière (COF : 50 Fcfp par perle exportée). En attendant, installée provisoirement sur le front de mer (jardins Paofai), elle est opérationnelle, avec notamment trois machines de contrôle à rayons X pour les contrôles de qualité.

En octobre, après Dubaï, Robert Wan ouvre sa première boutique à Paris, sous les arcades de la rue de Rivoli.

PHOTO boutique de Robert Wan à Paris

2010

27 îles et atolls abritent désormais au moins une ferme perlière. Cela concerne 571 concessions maritimes (-13 % en un an), pour une surface totale de 8 360 hectares (-18 % par rapport à 2008). La surface moyenne des concessions diminue de 8 %, soit 18 hectares. À lui seul, l’archipel des Tuamotu regroupe 70 % des concessions et 80 % des surfaces, réparties sur 22 atolls. L’archipel des Gambier abrite 93 concessions pour une surface totale de 1 225 hectares (17 % des concessions).

La grande majorité des fermes est toujours constituée d’exploitations familiales de petite taille, mais qui ne représentent plus que 20% de part de marché, face à une quinzaine d’entreprises à gros volume de production.

En novembre, un concours est organisé afin d’élire la plus belle perle de Tahiti. Après un premier tri réalisé par les professionnels de la perle, plus de 7000 Polynésiens élisent la perle de leur cœur, Meherio. PHOTO Meherio

2011

La perle de culture de Tahiti fête les 50 premières années de sa jeune histoire. L’héritage des Polynésiens est prêt, désormais, à vivre les décennies de sa future histoire, qui verra sans doute Papeete devenir le centre mondial de la perle de Tahiti.

Une belle histoire d’hommes, de lagons, de respect de l’environnement, de défis, que les Polynésiens, fiers de ce patrimoine, sont prêts à relever.

Depuis plus de 1000 ans, ils vivent au contact de l’huître perlière.

Depuis 200 ans, ils vivent au cœur ou à la périphérie du commerce de la nacre et de la perle fine. Depuis 50 ans, la perle de culture réinvente leur histoire, parant du miracle de nos lagons les corps des femmes du monde entier.

Il était juste que pour fêter ce jubilé à la hauteur de cette gemme si rare, des manifestations couvrent les 5 continents de l’éclat de la perle de culture de Tahiti.

PHOTO perles

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